Telegram censuré au Kenya, d'autres applications de médias sociaux sont hors service

- Le Kenya est confronté à des perturbations généralisées d'Internet et à un black-out médiatique lors des manifestations massives du 25 juin, marquant l'anniversaire des rassemblements antigouvernementaux de 2024.
- Telegram est bloqué chez les principaux fournisseurs d'accès à Internet, notamment Safaricom et Faiba, les données réseau confirmant une interférence ciblée.
- L’Autorité des communications a ordonné aux diffuseurs d’interrompre leurs retransmissions en direct, provoquant une vive réaction de la part des organisations juridiques et de la société civile.
Le Kenya connaît d'importantes perturbations d'Internet en raison des manifestations du 25 juin, les autorités tentant de réprimer les communications durant ce qui a été décrit comme la plus grande manifestation de l'histoire du pays.
Selon plusieurs rapports, des groupes de surveillance des réseaux et des organisations de défense des droits numériques ontdentdes interférences ciblées de la part de fournisseurs d'accès Internet kenyans sur Telegram.
Cela fait exactement un an aujourd'hui que les Kenyans ont organisé des manifestations antigouvernementales contre le projet de loi de finances 2024.
Les services Telegram perturbés par les fournisseurs d'accès Internet
D'après les données en temps réel collectées par NetBlocks et l'Open Observatory of Network Interference (OONI), plusieurs fournisseurs d'accès Internet kenyans ont restreint l'accès à l'application mobile, au site web et aux services associés de Telegram.
Une mesure réseau effectuée à 11h50 UTC sur le réseau Safaricom Limited (AS33771) a révélé que l'accès à Telegram via mobile et web était limité en raison d'une erreur de délai d'attente générique. Les plateformes affirment que l' application et l'interface web (web.telegram.org) ont été bloquées intentionnellement.
NetBlocks a signalé des restrictions chez plusieurs fournisseurs de services, dont Safaricom, Faiba (JTL) et Liquid Telecom. L'interface web et les fonctions de raccourcissement de liens de Telegram étaient totalement indisponibles sur les réseaux Faiba et Liquid Telecom.
⚠️ Confirmé : Les données en direct montrent que des restrictions d'accès à la plateforme de messagerie Telegram au Kenya . Cette mesure intervient alors que les autorités interdisent la couverture médiatique en direct des manifestations commémorant le 25 juin, face aux inquiétudes croissantes concernant le risque d'une coupure d'Internet plus généralisée. 📵 pic.twitter.com/bQQpcx32qk
— NetBlocks (@netblocks) 25 juin 2025
Sur Safaricom, certains composants de Telegram ont affiché une accessibilité limitée entre 10 % et 14 %, ce qui pourrait être le signe d'une limitation de débit plutôt que d'un arrêt complet.
Confirmé ! Les données en direct de Tatua indiquent des restrictions sur Telegram au Kenya. Cette situation fait suite à la directive de l'Autorité des communications enjoignant les médias locaux à cesser la diffusion en direct des manifestations nationales en cours. 📵#KeepItOn pic.twitter.com/qgtz3mNWoW
– Centre de résilience numérique Tatua (@TatuaDigital) 25 juin 2025
Le test OONI Probe, effectué le même jour à 15h04 heure locale, a confirmé que Telegram était la seule application testée (Facebook Messenger, WhatsApp et Signal) à avoir échoué aux contrôles d'accessibilité sur le réseau Safaricom Limited. Ce test, qui a porté sur quatre applications au total, adentTelegram comme la seule plateforme censurée.
Black-out médiatique ordonné face à l'escalade des manifestations
Dans le même temps, l'Autorité des communications du Kenya (CA) a émis une directive à l'intention de tous les diffuseurs de télévision et de radio leur enjoignant de cesser immédiatement la couverture en direct des manifestations.
Une lettre officielle de la CA a accusé les médias d'avoir violé les articles 33(2) et 34(1) de la Constitution et l'article 461 de la loi kényane sur l'information et les communications en diffusant des images en direct des manifestations.
l'Ordre des avocats du Kenya (LSK),dent Faith Odhiambo, a qualifié la directive de «nulle et non avenue» et d'«atteinte aux droits fondamentaux»
La directive de la @CA_Kenya est totalement nulle en droit et constitue une atteinte aux droits fondamentaux consacrés et garantis par la Constitution. Nos institutions statutaires sont établies pour faciliter la pleine réalisation de notre éthique constitutionnelle, et non pour servir de relais à… pic.twitter.com/LkmGlya2Dl
– Foi Odhiambo (@FaithOdhiambo8) 25 juin 2025
Le gouvernement n'a publié aucune déclaration officielle admettant son implication dans les perturbations d'Internet ou le black-out médiatique, ni présentant d'excuses à ce sujet.
Une décision de justice interdit les coupures d'internet
La Commission kényane des droits de l'homme (KHRC) a également publié une déclaration rappelant aux opérateurs de télécommunications, notamment Safaricom, Airtel Kenya et Telkom Kenya, qu'une ordonnance judiciaire rendue plus tôt cette année interdit toute forme de coupure d'Internet lors de manifestations publiques.
Le juge Bahati Mwamuye avait rendu cette ordonnance en mai en réponse à une requête de la Commission internationale de juristes (CIJ) et d'autres groupes de défense des droits humains suite à la coupure d'Internet de 2024 lors des manifestations nationales.
La KHRC a averti que toute tentative des sociétés de télécommunications de limiter, d'interrompre ou de rétrograder les services Internet à la 2G constituerait une violation directe de la décision du tribunal et pourraittracdes conséquences juridiques.
Les manifestations de l'année dernière ont paralysé de grandes villes, et de nombreux cas de violations des droits de l'homme par les forces de l'ordre ont été signalés.
Cette année, des milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour réclamer justice pour les victimes présumées d'exécutions extrajudiciaires. Des rassemblements ont eu lieu à Nairobi, Kisumu, Mombasa, Nakuru, Nyeri et dans d'autres grandes villes. Malgré les directives de l'Autorité des communications, les médias continuent de diffuser des images de journalistes citoyens et des retransmissions en direct sur Internet.
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