Patrick Martin, président du Medef, puissant lobby patronal français, a déclaré mercredi que les nouveaux droits de douane pourraient plonger le pays en récession. Cet homme d'affaires français de 65 ans s'inquiète des conséquences pour l'économie française sur le marché américain, fragilisé par les droits de douane imposés par ledent Donald Trump.
Les entreprises françaises doivent faire face aux droits de douane américains sur les exportations d'acier, d'aluminium et d'autres produits utilisés dans l'aérospatiale, les biens de luxe et les cosmétiques. Martin demande au gouvernement français de mettre en œuvre des stratégies pour aider les entreprises françaises à maintenir leur compétitivité et à assurer leur pérennité.
« Le risque est que la croissance stagne et que nous entrions en récession », a déclaré Martin sur les ondes de RTL. « Nous devons agir rapidement pour améliorer la compétitivité des entreprises françaises, notamment en protégeant la consommation sans surcharger les contribuables, les ménages et les entreprises . »
Les menaces de récession persistent alors que la guerre commerciale entre l'UE et les États-Unis se poursuit
L'appel de Martin au gouvernement français intervient dans un contexte de tensions commerciales entre les États-Unis et l'Europe. Certains responsables politiques, comme le ministre français de l'Industrie, Marc Ferracci, ont soutenu les préoccupations de Martin et proposé d'alléger la charge pesant sur les entreprises en réduisant les taxes à la production.
S'exprimant auprès de Franceinfo, Ferracci a demandé aux entreprises françaises d'envisager de suspendre leurs investissements aux États-Unis en raison du conflit commercial.
« La situation est extrêmement complexe, et des investissements qui étaient autrefois sûrs sont désormais remis en question », a ajouté Ferracci.
Ledent français Emmanuel Macron a également critiqué la faisabilité des politiques commerciales de Trump, les qualifiant de « mauvaise idée » susceptible d'aggraver des relations économiques internationales déjà tendues. La France, comme d'autres pays de l'UE, est soumise à un droit de douane de 25 % sur l'acier et l'aluminium et de 20 % sur plusieurs autres produits.
« Nous n'avons jamais souhaité le chaos ni une hausse des droits de douane », a déclaré lors de sa visite en Égypte. « Nous pensons que c'est une réponse inadéquate au defi et nous défendrons notre économie contre ces droits de douane. »
Macron a réaffirmé que la France pourrait éventuellement répondre aux droits de douane américains par des représailles, mais que son gouvernement privilégierait les réformes visant à accroître la compétitivité plutôt que de s'engager dans une guerre de droits de douane réciproques.
La Banque de France relève ses prévisions de croissance pour le premier trimestre, tout en soulignant l'incertitude quant aux conséquences des droits de douane
Par ailleurs, la Banque de France a relevé lundi ses prévisions de croissance pour le premier trimestre, tablant sur une expansion de 0,2 % entre janvier et mars. Elle a toutefois précisé qu'il était difficile de prévoir l'impact à long terme des droits de douane américains sur l'économie française.
Selon la Banque de France, le secteur manufacturier français a affiché des performances supérieures aux prévisions en mars, et certaines industries, notamment celles des produits de luxe et des boissons alcoolisées, ont réussi à anticiper leurs livraisons aux États-Unis en prévision des droits de douane.
La banque centrale a toutefois admis que les droits de douane ont entraîné une hausse de la perception des risques dans tous les secteurs, les industries ayant commencé à se préparer aux répercussions financières.
« Je tiens à préciser que ces données du premier trimestre ne permettent pas de prédire ce qui se passera au deuxième trimestre », a déclaré Olivier Garnier, économiste à la Banque de France. « L’incertitude est bien réelle et elle risque de s’accentuer à mesure que les conséquences des droits de douane se préciseront . »
L'inflation reste stable, la croissance de la zone euro marque une pause
En France, le taux d'inflation est resté globalement stable en mars, se maintenant à 0,8 % en rythme annuel. Il a bénéficié d'un certain répit face à la hausse des prix des services et des produits alimentaires, notamment des produits frais, partiellement compensée par la baisse des prix de l'énergie.
Le taux d'inflation harmonisé au niveau de l'UE, qui tracl'évolution des prix dans les États membres, est également resté stable à 0,9 %.
L'Union européenne s'efforce activement de contrer l'impact des droits de douane américains, la Commission européenne ayant proposé à l'administration Trump un accord tarifaire « zéro pour zéro ». Selon des sources à Washington, la Maison Blanche aurait rejeté cette offre, et l'UE se préparerait donc à appliquer un taux de 25 % aux produits américains.
Les marchés boursiers européens ont subi un net repli mercredi matin, l' indice STOXX 600 chutant de 3,4 %, effaçant ainsi près de 2 % des gains de la veille. Les pertes ont touché plusieurs secteurs. Les actions des sociétés pharmaceutiques Novo Nordisk, Novartis et AstraZeneca ont respectivement reculé de 4,2 %, 7,3 % et 5,3 %.
Sur le marché des changes, les données de TradingEconomics montrent que le EUR/USD a augmenté de 0,0071, soit 0,65 %, pour atteindre 1,1032, une légère hausse par rapport au niveau de clôture de la séance d'hier, qui était de 1,0961.

