L'initiative pionnière Llama de Meta, autrefois considérée comme une pierre angulaire de sa feuille de route en matière d'intelligence artificielle, est aujourd'hui confrontée à un exode important de ses principaux contributeurs.
Parmi les quatorze chercheurs dont les noms ornent l’article fondateur de 2023 qui a dévoilé Llama, seuls trois, le chercheur Hugo Touvron, l’ingénieur de recherche Xavier Martinet et le responsable du programme technique Faisal Azhar, restent chez Meta .
L'équipe Llama est partie en compétition
Les onze autres membres de l'équipe, soit 78 % des chercheurs, sont pour la plupart partis rejoindre ou créer des entreprises concurrentes, laissant ainsi le projet phare open-source de Meta considérablement appauvri de sa force créative d'origine.
Ce phénomène de fuite des talents est particulièrement flagrant chez Mistral, une start-up parisienne spécialisée en IA, fondée par Guillaume Lample et Timothée Lacroix, deux architectes clés de la conception initiale de Llama. Avec une équipe d'anciens de Meta, ils travaillent d'arrache-pied au développement de nouveaux modèles open source qui concurrencent directement les solutions proposées par Meta.
Cette situation survient alors que des rapports indiquent que les plus grandes entreprises d'IA sont engagées dans une chasse aux talents intensive, n'hésitant pas à débourser des sommes considérables pour recruter les meilleurs chercheurs en IA au sein de leurs équipes.
Quant à Meta, cette migration des compétences a amené les observateurs à se demander si Meta peut continuer à retenir ses meilleurs chercheurs à un moment où l'entreprise fait face à un scepticisme croissant quant à ses propres ambitions en matière d'IA.
Pour ne rien arranger aux difficultés internes de Meta, la société a récemment annoncé un report de la sortie de Behemoth, son plus grand modèle d'IA jamais créé, en réponse aux inquiétudes soulevées par les employés concernant ses performances et son orientation.
Parallèlement, les développeurs sont restés largement discrets concernant Llama 4, la dernière version de la série.
Nombreux sont ceux qui privilégient désormais les alternatives open source, telles que DeepSeek et Qwen, qui promettent une innovation plus rapide et des capacités de pointe.
Meta serait-elle en train de réorganiser son département de recherche ?
Ce bouleversement de personnel s'accompagne d'un remaniement de la direction. Joelle Pineau, qui a dirigé pendant huit ans la division Recherche fondamentale en IA ( FAIR ) de Meta, a annoncé le mois dernier son départ.
Dans son sillage, Robert Fergus, cofondateur de FAIR, qui a passé cinq ans chez DeepMind (Google) avant de rejoindre Meta en mai 2025, prend la relève. Cette transition illustre une tendance plus large de roulement et de réorganisation au sein des équipes de recherche de Meta.
Depuis la publication de l'article sur Llama, FAIR a discrètement perdu nombre de ses talents d'origine, alors même que l'entreprise continue de mettre en avant Llama comme la pierre angulaire de sa stratégie en matière d'IA.
La question est maintenant de savoir si Meta peut défendre la position de leader qu'elle occupait autrefois dans le développement de modèles open source sans une grande partie de l'équipe qui a posé ses fondations.
Lors de sa publication, l'article sur Llama a non seulement introduit un nouveau modèle, mais a également légitimé le concept de partage ouvert des poids des grands modèles de langage. Contrairement aux systèmes propriétaires tels que GPT-3 d'OpenAI ou PaLM de Google, l'architecture, le code d'entraînement et les ensembles de paramètres de Llama étaient librement accessibles aux chercheurs et aux développeurs.
Meta a démontré qu'en exploitant uniquement des données accessibles au public et en optimisant l'efficacité, des modèles de langage de pointe pouvaient fonctionner sur un seul GPU, démocratisant ainsi l'accès aux capacités d'IA avancées.
Pendant un court laps de temps, Meta semblait en passe de dominer le secteur de l'open source. Cependant, deux ans plus tard, son avantage initial s'est estompé. Malgré des investissements de plusieurs milliards dans la recherche en IA, l'entreprise ne dispose toujours pas d'un modèle de raisonnement dédié, adapté aux tâches exigeant une logique à plusieurs étapes, la résolution de problèmes complexes ou l'intégration d'outils externes.
À l'inverse, des concurrents tels que Google et OpenAI ont fait de ces fonctionnalités un élément central de leurs dernières versions, soulignant encore davantage le fossé qui existe chez Meta.
Les onze auteurs ayant quitté Meta avaient chacun en moyenne plus de cinq ans d'ancienneté au sein de l'entreprise, ce qui indique le départ de chercheurs profondément impliqués plutôt que detracde courte durée. Leurs départs s'échelonnent de janvier 2023 jusqu'au début de l'année 2025, en passant par le cycle Llama 3, marquant ainsi le démantèlement progressif de l'équipe Llama d'origine.
Meta a publiquement confirmé ces départs, ses porte-parole renvoyant vers un article publié sur X qui tracle parcours professionnel des anciens co-auteurs de l'article de Llama. Si leurs destinations précises varient, allant de postes dans des start-ups émergentes à des fonctions de direction dans des laboratoires concurrents, cette migration collective témoigne d'une évolution du paysage de l'IA, où les talents privilégient les plateformes les plus dynamiques et ouvertes.

