La proposition d'un ministre d'interdire cash comme mesure de lutte contre la criminalité a relancé le débat public en France sur l'avenir du papier-monnaie et des pièces de monnaie, encore largement utilisés dans le pays.
Le responsable lui-même a admis qu'il faudra du temps et des efforts pour convaincre les citoyens français d'abandonner leur argent liquide, car il n'existe actuellement aucun consensus politique sur la question.
Un ministre français affirme que l'interdiction de cash contribuera à lutter contre le crime lié à la drogue
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a suscité le débat en France en suggérant que la fin cash permettrait d'améliorer la lutte contre le trafic de stupéfiants. Si l'utilisation des cartes bancaires et des applications de paiement est en hausse dans le pays, comme l'a reconnu le ministre, cash reste important pour ses compatriotes.
Darmanin a présenté cette idée lors d'une intervention au Sénat, la chambre haute du Parlement, jeudi. Sa proposition a relancé le débat sur l'avenir des cash en République française, membre de l'Union européenne et de sa zone euro.
Cité par La Tribune, il a déclaré :
« Comment empêcher la drogue de se répandre dans nos quartiers ? Il existe une mesure assez simple : interdire cash empêchera l'établissement de points de vente de drogue. »
Le sujet a fait l’objet de fréquentes rumeurs et de campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux, a noté l’hebdomadaire français dans un article, qui a également souligné que « l’accès à cash est une question sociale sensible » et que « son élimination nécessiterait un consensus politique et un soutien sociétal »
Plusieurs gouvernements européens tentent de réduire son utilisation, notamment le gouvernement espagnol actuel, où la demande cash a explosé suite à la panne de courant catastrophique du mois dernier qui a perturbé les paiements électroniques tron mis les distributeurs automatiques de billets hors service.
Gérald Darmanin : "Je l'ai dit (…) à ceux qui m'interrogent pour savoir comment on arrête la drogue dans nos quartiers. Une mesure assez simple : la fin de l'argent liquide empêchera les points de deal" #BFM2 pic.twitter.com/jBjvGMi4KZ
— BFMTV (@BFMTV) 22 mai 2025
Cash reste très populaire en France, où les gens utilisent souvent des billets pour leurs achats quotidiens, ce qui a incité la Banque de France à reconnaître en février qu’« une très large majorité de Français continuent d’apprécier cash et d’en reconnaître les nombreux avantages ».
Bien que les paiements par carte aient dépassé les transactions cash en France pour la première fois l'année dernière, l'enquête de la Banque centrale européenne sur les habitudes de paiement des consommateurs, publiée en décembre 2024, a également montré que cash représentent encore 43 % de tous les paiements français.
Aucun consensus n'a encore été trouvé sur la suppression de la monnaie fiduciaire
Intervenant vendredi sur le plateau de la chaîne française RTL, Gérald Darmanin a nuancé ses propos par souci de « réalisme ». Sollicité pour commenter sa proposition de lutter contre le trafic de drogue en interdisant l'argent liquide, il a concédé que les autorités « n'ont pas les moyens politiques » de le faire actuellement.
« Cela nécessiterait évidemment une longue discussion avec les Français », a déclaré Darmanin, ancien ministre de l’Intérieur. « C’est un débat public qui devrait sans aucun doute être soulevé lors d’une campagnedent, par exemple », a-t-il précisé.
Le retrait total des cash de la circulation en France, premier producteur de billets et de pièces de monnaie de la zone euro, représenterait un défi logistique colossal, comparable à celui de l'introduction de l'euro il y a un quart de siècle, comme le souligne La Tribune. Il menacerait également les emplois à la papeterie, à l'imprimerie et à la frappe de monnaie de la Banque de France.
Les Européens recherchent toujours des alternatives à cash
Outre les paiements par carte, les transactions mobiles sont également en hausse en France, leur part passant de 1 % en 2019 à 6 % des paiements l'an dernier. Cependant, ces deux alternatives soulèvent des questions de souveraineté française et européenne, car les prestataires de paiement, tels que Visa ou Apple Pay, sont tous américains.
La BCE présente son futur euro numérique comme une réponse à ces questions : une monnaie européenne souveraine censée compléter, et non remplacer, cash . Mais ce projet a suscité d’autres inquiétudes , notamment concernant la protection de la vie privée, auxquelles l’autorité monétaire s’est efforcée de répondre .
Malgré la méfiance croissante envers la technologie numérique, « la disparition de cash» est «defiet bien dans les esprits », a insisté le Journal du Coin, média français spécialisé dans les cryptomonnaies, dans un article, tout en suggérant que la blockchain pourrait être la solution et en interpellant un responsable gouvernemental :
« Monsieur Darmanin, quel est votre avis sur Bitcoin? »
« Les cryptomonnaies vont prendre une importance croissante », a déclaré le ministre de la Justice aux médias français, comme s'il avait anticipé la question. Mais elles sont plus «trac», a-t-il également souligné, alimentant ainsi le débat qui fait rage en France.

