L'équipe de Donald Trump travaille d'arrache-pied pour transformer la Réserve fédérale en une machine économique idéale, selon sa vision. Alors que des figures importantes quittent leurs fonctions et que des décisions cruciales s'annoncent, ses conseillers s'attellent à définir une nouvelle image pour la banque centrale.
La priorité absolue est la nomination de Michelle Bowman, gouverneure de la Réserve fédérale nommée par Trump, au poste influent de vice-présidente chargée de la supervision. Cette nomination fait suite à l'annonce de la démission de Michael Barr de ce même poste.
Il ne quitte pas pour autant la Fed : il conserve son siège au Conseil des gouverneurs, où il peut rester jusqu’en 2032. Cette situation place Trump dans une position délicate. Puisque la décision de Barr maintient le siège au sein du Conseil actuel, Trump devra choisir son remplaçant parmi les membres actuels de la Fed.
Bowman en lice pour la première place
Michelle Bowman est une banquière de cinquième génération, réputée pour sa fermeté en matière de réglementation bancaire. Elle a notamment critiqué Bâle III, un cadre international conçu pour éviter la faillite des banques.
Elle a soutenu que cela étoufferait le crédit et ne résoudrait pas les problèmes d'un secteur bancaire qui, selon elle, a simplement besoin d'une meilleure supervision. Bowman jouit d'une certaine popularité depuis sa nomination par Trump en 2018. Elle s'est forgée une réputation de championne de la lutte contre l'inflation, allant jusqu'à voter contre une baisse des taux plus importante que d'habitude en septembre.
Cela fait d'elle la première gouverneure en près de vingt ans à prendre ses distances avec le Comité fédéral de l'open market. Les conseillers de Trump la considèrent comme une candidatetronnon pas pour un, mais potentiellement pour deux postes clés : vice-présidente chargée de la supervision et même présidente.
Et elle n'est pas la seule à figurer sur la liste des candidats potentiels. Celle-ci est longue et compte de nombreuses personnalités influentes, remplaçant ainsi Jerome Powell, dont le mandat à la tête de la Réserve fédérale s'achève en mai 2026.
Les conseillers de Trump évoquent des noms comme Kevin Hassett, actuellement pressenti par la Maison Blanche pour le Conseil économique national ; Larry Lindsey et Marc Sumerlin, tous deux anciens responsables de l'administration George W. Bush ; David Malpass, l'anciendent de la Banque mondiale ; et Kevin Warsh, un ancien responsable de la Fed ayant une solide expérience en matière de politique monétaire.
Powell n'est plus vraiment le favori de Trump ces derniers temps. Bien que Trump l'ait choisi lors de son premier mandat, leurs relations se sont rapidement détériorées, Trump qualifiant certaines décisions de Powell de simples « manœuvres politiques ». Aujourd'hui, ils sont quasiment ennemis jurés.
Le départ de Barr ferme des portes, mais soulève des questions
Barr a déclaré lundi que rester en poste et se battre contre la nouvelle administration au sujet de ce poste ne valait pas la peine. « Même si je gagnais, ce serait une énormetrac», a-t-il admis.
Son départ crée une incertitude autour d'une proposition phare qu'il a défendue et qui aurait fortement augmenté les exigences de fonds propres pour les plus grandes banques américaines.
Barr a joué un rôle déterminant dans la promotion de ce plan, aux côtés de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et de l'Office of the Comptroller of the Currency (OCC). Cette proposition, liée au cadre de Bâle III auquel Bowman s'oppose farouchement, visait à prévenir une nouvelle crise financière.
Avec le départ de Barr, l'avenir de la Fed est incertain, et sa capacité à maintenir le cap réglementaire pourrait être mise à l'épreuve par les nouvelles nominations de Trump. Lors d'une conférence de presse mardi, ledent a promis qu'un remplaçant pour Barr serait annoncé « prochainement »
Mais comme Barr conserve son siège au conseil d'administration jusqu'en 2032, les choix de Trump se limitent aux gouverneurs actuels. Parmi eux figurent Bowman, Christopher Waller (lui aussi nommé par Trump) et Beth Hammack, ladentde la Réserve fédérale de Cleveland.
Réécrire l'avenir de la Fed
Hammack, ancienne figure de proue de Goldman Sachs, est une habituée des décisions financières à haut risque. Elle est déjà pressentie pour intégrer le conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale lors du second mandat de Trump.
Hammack s'est opposée à la décision de la Fed de baisser ses taux d'un quart de point en décembre, plaidant pour une action plus énergique. Son expérience à Wall Street et ses votes dissidents marqués font d'elle un élément imprévisible dans la vaste réforme de la Fed menée par Trump.
Christopher Waller, un temps considéré comme un candidat prometteur à la présidence, pourrait bien se retrouver sur une position plus fragile. Son soutien à la baisse controversée des taux d'intérêt d'un demi-point en septembre a suscité l'ire de Trump, ce dernier dénonçant une manœuvre pour influencer l'élection. Les chances de Waller d'accéder au poste suprême pourraient donc avoir considérablement diminué.
Bien que le prochain poste vacant à la tête de la Réserve fédérale ne se libère qu'à l'expiration du mandat de la gouverneure Adriana Kugler en janvier 2026, il est toujours possible qu'une autre personne démissionne avant cette date. Dans ce cas, Trump pourrait saisir l'occasion pour imposer davantage son idéologie économique à la banque centrale.
Les décisions prises par la direction de la Réserve fédérale ont des répercussions considérables sur de nombreux aspects, allant de la maîtrise de l'inflation à la réglementation bancaire, en passant par la stabilité de l'économie américaine dans son ensemble. Les choix de Trump pourraient orienter la Fed dans une direction radicalement différente, surtout si ses nominations privilégient un assouplissement de la réglementation ou une position plus ferme face à l'inflation.

