La France se fixe un plafond defide 4,8 % pour 2026, alors que le gouvernement s'efforce de préserver sa crédibilité budgétaire et d'éviter d'être étouffé par sa propre dette.
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a déclaré aux parlementaires que le plafonnement du déficit budgétaire à ce niveau était le seul moyen de rester sur tracvoie pour atteindre l'objectif de defide 3 % d'ici 2029.
« Il est absolument nécessaire de rester dans les 3 % d’ici à 2029, ce qui signifie un defimaximal de 4,8 % l’année prochaine pour couvrir un quart du chemin », a déclaré Villeroy dans un entretien avec La Croix, avertissant que tout écart supplémentaire risquerait de plonger la France dans une « suffocation progressive »
L'Assemblée nationale poursuit l'examen du projet de budget 2026. Elle prévoit actuellement un defide 4,7 %. Mais le Premier ministre Sébastien Lecornu, dont la survie dépend du soutien de l'opposition, a publiquement évoqué une certaine flexibilité.
Il affirme que le véritable objectif est de rester « dans la limite des 5 % », si c’est le prix à payer pour éviter un nouveau bain de sang politique. « Il n’est plus possible de gouverner par la discipline d’un seul camp », a déclaré Lecornu aux parlementaires, « mais par la culture d’un débat rigoureux entre des parlementaires aux convictions différentes. »
Les perspectives de crédit se dégradent fortement, le gel des retraites de Macron alimentant la contestation
L'agence Moody's Ratings n'a pas tardé à réagir. Elle a abaissé la perspective de crédit de la France de stable à négative, invoquant l'impasse politique et le chaos législatif.
« La décision de modifier les perspectives en perspectives négatives reflète le risque accru que la fragmentation du paysage politique du pays continue de nuire au fonctionnement des institutions législatives françaises », a-t-on indiqué vendredi.
La France conserve la notation Aa3, sept niveaux au-dessus de la catégorie spéculative, au même niveau que le Royaume-Uni et la République tchèque. Mais cet écart se réduit rapidement.
Cette dégradation de la note fait suite aux précédentes annonces de S&P, Fitch et DBRS, les investisseurs s'interrogeant sur la capacité de la France à repousser les décisions difficiles. Parmi ces reports ? La réforme des retraites du président dent Macron, qui aurait relevé l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans.
Lecornu a suspendu le projet sous la pression de parlementaires d'opposition de gauche. Mais Moody's a averti que le gel prolongé de la réforme nuirait à la croissance et aggraverait les risques budgétaires à long terme.
Même cela n'a pas apaisé les tensions. Les socialistes, dont Lecornu a besoin pour conserver son poste, menacent de déposer une motion de censure si le budget ne prévoit pas moins de coupes budgétaires et de nouvelles taxes sur les ménages aisés et les grandes entreprises. Lecornu tente de les contenir sans provoquer un nouvel effondrement. Il a également renoncé à utiliser l'article 49.3, un outil constitutionnel permettant de contourner le vote, affirmant que cette bataille devrait être menée « à la dure », par la négociation directe.
La pression sur les marchés s'accentue à mesure que l'écart avec l'Allemagne s'élargit
Le projet de loi proposé par le gouvernement réduit le defide 5,4 % en 2025 à 4,7 % en 2026, mais rien ne garantit qu'il sera adopté intact par l'Assemblée.
Lecornu a déclaré que les parlementaires étaient libres de modifier ce taux, à condition qu'il reste inférieur à 5 % et ne compromette pas l'objectif à long terme de 3 %. Le ministre des Finances, Roland Lescure, a réagi à la dégradation de la note par Moody's en insistant sur le fait que la France restait attachée à une réduction « ambitieuse » du defi.
Mais il a admis que la dégradation des perspectives démontre la « nécessité absolue » d'un accord budgétaire.
L'agence Moody's a été claire sur les conséquences d'une impasse persistante : « Si elle se maintient, l'incapacité à adopter une législation permettant de relever efficacement ces défis politiques marquerait un affaiblissement des institutions du pays. »
Cet avertissement a immédiatement eu un impact sur les marchés . Les ventes massives d'actifs français se sont accélérées depuis les élections anticipées de juin 2024, convoquées par Macron, qui ont plongé l'Assemblée nationale dans l'impasse.
L'écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes à 10 ans, un indicateur clé du risque de marché, a atteint 89 points de base, soit près du double de son niveau d'avant l'élection. Vendredi, il s'est établi à 81 points de base, son plus haut niveau en 11 jours.
Puis vint la dégradation inattendue de la note par S&P, faisant disparaître la note moyenne AA de la France auprès de toutes les grandes agences de notation. Cela a provoqué des ventes forcées parmi les fonds d'investissement aux critères de notation stricts. D'autres se sont empressés de revoir leurs règles d'investissement afin de conserver leurs obligations françaises.

