La Chine bouleverse la donne, et pas qu'un peu. On parle de changements majeurs, de véritables séismes, dans le paysage économique mondial. Oubliez le romantisme d'antan de la coopération internationale ; la Chine et les États-Unis n'ont jamais été destinés à former un couple modèle. Dès le départ, lorsque la Chine a intégré l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, il était clair que nous allions connaître des bouleversements. Bill Clinton était ravi, y voyant une ouverture vers les réformes pour la Chine. Jiang Zemin, quant à lui, y voyait une manœuvre occidentale pour saper le socialisme. Plus de vingt ans plus tard, les tensions ont dégénéré en une véritable saga, l'OMC se retrouvant prise au piège d'un bras de fer commercial.
Un tout nouveau monde (Commande)
Alors, quelle est la stratégie de la Chine face à ce conflit commercial ? C'est simple : contourner les tensions en se créant son propre espace commercial. Je parle d'un vaste réseau complexe d'accords et de partenariats commerciaux, notamment avec les pays du Sud. Grâce à son ambitieux projet des Nouvelles Routes de la Soie, plus riche qu'un compte en banque de milliardaire, la Chine se rapproche de plus de 140 pays en leur promettant des investissements et des liens économiques.
Avec près de 40 % de ses exportations désormais intégrées à ce réseau d'accords de libre-échange (ALE), la Chine façonne un monde où elle n'est plus tributaire des décisions de l'OMC ni des fluctuations des puissances occidentales. Il s'agit de créer une sphère économique où la Chine fixe les règles. Et soyons clairs : ces ALE sont sélectifs – les États-Unis et l'Union européenne n'y figurent pas.
Parallèlement, la situation du commerce mondial se détériore de minute en minute, avec une augmentation des restrictions commerciales et un système de règlement des différends de l'OMC en difficulté depuis 2019.
Un changement dans les alizés mondiaux
Xi Jinping, le dirigeant suprême de la Chine, s'est donné pour mission de signer un maximum d'accords de libre-échange (ALE) de haute qualité. Les chiffres sont éloquents : le réseau d'ALE chinois est colossal, absorbant une part considérable de ses exportations et surpassant les autres acteurs majeurs sur la scène internationale. Des plages de Singapour aux marchés de l'ASEAN, la Chine signe des accords à un rythme effréné. Sans oublier le Partenariat économique régional global (RCEP), un géant du commerce qui englobe un tiers du PIB mondial.
Mais les ambitions de la Chine ne s'arrêtent pas aux frontières maritimes. Elle lorgne sur le Conseil de coopération du Golfe et même sur l'Afrique, où l'Accord de libre-échange continental africain redessine les frontières économiques. Sa stratégie est claire : si les routes commerciales mondiales évoluent, elle entend bien en être la principale instigatrice.
D'un autre côté, cette effervescence est bien plus qu'une simple démonstration de force économique. C'est une nécessité. Le paysage commercial mondial est en pleine mutation, les valeurs se dégradent et les tensions avec l'Occident s'intensifient. Les États-Unis et l'Union européenne brandissent l'étendard du protectionnisme, préparant le terrain à une confrontation sur les subventions industrielles et les pratiques commerciales. Quelle est la réponse de la Chine ? Une diplomatie et des négociations stratégiques, visant à préserver ses intérêts économiques sans trop perturber l'équilibre.
Voilà, c'est dit. Les grands projets de la Chine pour l'économie mondiale se déploient sous nos yeux. Et dans cette partie d'échecs économique, la Chine s'assure de tenir la reine. Mais où cela va-t-il aboutir ? Il va falloir attendre, observer et le découvrir.

