La Banque des règlements internationaux (BRI) a averti que le décalage entre les cours boursiers mondiaux records et l'augmentation de la dette publique menace la stabilité financière. Son enquête révèle que l'inflation demeure élevée malgré les hausses de prix observées depuis le début de la pandémie de COVID-19.
La BRI, qui joue un rôle de soutien auprès des banques centrales mondiales, a cité la hausse des primes exigées par les investisseurs pour détenir des obligations d'État à 30 ans dans les principales économies comme un signe d'inquiétudes croissantes quant aux perspectives budgétaires. Elle a également suggéré que le rôle grandissant des fonds spéculatifs dans l'absorption de la dette publique représente un risque potentiel pour la stabilité du marché.
La BRI met en garde contre les risques budgétaires liés à la souscription de prêts gouvernementaux par les fonds spéculatifs
L'agence de notation américaine Moody's a retiré au gouvernement américain sa note AAA en début d'année. Fitch a également abaissé la note de la France à un niveau historiquement bas la semaine dernière. Selon un article de Reuters, la BRI a souligné que cette dégradation témoigne de l'ampleur des difficultés budgétaires auxquelles sont confrontées les économies avancées, alors même que les marchés boursiers continuent de progresser.
Hyun Song Shin, directeur du département monétaire et économique de la BRI, a averti que les marchés financiers pourraient rencontrer des difficultés avant même que les mesures mises en place ne soient déclenchées. Il a notamment souligné l'augmentation du nombre de fonds spéculatifs investissant dans la dette publique, ce qui pourrait potentiellement aggraver les problèmes. Il a insisté sur la nécessité de rester vigilant face aux éventuels facteurs d'amplification susceptibles de propager les tensions.
Malgré les risques soulignés, la BRI n'a constaté que peu ou pas de signes d'un désintérêt marqué des investisseurs internationaux pour le marché des actifs américains. Elle a noté que certains investisseurs non américains avaient vendu d'importantes quantités d'obligations et d'actions américaines en avril, avant de revenir en force en mai et juin. La banque a suggéré que les avoirs importants des investisseurs internationaux en actifs américains, conjugués à la lenteur des changements d'allocation de portefeuille, impliqueraient que tout désintérêt serait progressif.
La BRI a également publié les premiers résultats de sa dernière enquête mondiale sur les anticipations d'inflation. Cette enquête, qui porte sur treize économies avancées et dix-huit économies émergentes, révèle que la hausse des prix post-pandémique confirme la persistance des anticipations d'inflation à long terme, notamment dans les pays confrontés à des flambées des prix. Selon l'enquête, les chocs inflationnistes temporaires constituent un risque susceptible de peser durablement sur les anticipations du public. Elle note également que la plupart des ménages continuent de privilégier l'indépendance des banques centrales vis-à-vis des gouvernements.
La BRI constate des risques accrus sur les actifs et appelle à la vigilance dans une économie fragile
Shin a souligné un ralentissement de l'économie réelle, notamment du marché du travail américain, et a fait part de ses inquiétudes quant à la pérennité des valorisations boursières. Il a indiqué que le marché des actions continue d'afficher des résultats comparables à ceux de l'éclatement de la bulle Internet, tandis que les obligations d'entreprises restent exceptionnellement difficiles à écouler.
L'organisation regroupant les banques centrales a signalé des mouvements inhabituels sur le marché des changes, notant que la hausse du dollar en juillet avait coïncidé avec detronprogressions des marchés actions. La banque a indiqué que cette situation ne correspondait pas à la dynamique traditionnelle des taux d'intérêt. M. Shin a averti qu'il convenait d'examiner attentivement les conséquences potentielles de telles conditions financières favorables. La BRI a exhorté les décideurs politiques et les investisseurs à rester vigilants, car la valorisation élevée des actifs risqués rend l'économie mondiale vulnérable à des corrections soudaines.
Parallèlement, le paysage tarifaire américain continue d'évoluer de manière significative, sans que le rapport n'en souligne clairement l'impact. Cryptopolitan récemment analysé l'influence des droits de douane américains sur le marché de la pétrochimie. Selon ce rapport, l'intensification des pressions dans ce secteur a contraint la Chine à réorienter ses exportations des États-Unis vers les marchés asiatiques, ce qui a engendré une surproduction et une complexification excessive de la chaîne d'approvisionnement.
Ganesh Gopalakrishnan, responsable du négoce pétrochimique chez TotalEnergies, a averti que si les droits de douane sont maintenus, les volumes d'échanges pourraient chuter de 15 % supplémentaires, après avoir déjà enregistré un recul de 34 % ces cinq dernières années. Il a souligné que les négociants ne disposant pas des capacités de production nécessaires sont confrontés à des difficultés accrues face à la surabondance de l'offre.

