La dette nationale américaine a atteint un nouveau record historique de 36 500 milliards de dollars, selon les chiffres officiels du gouvernement. Ce montant comprend 28 900 milliards de dollars dus au public et 7 300 milliards de dollars détenus par des entités intergouvernementales.
La dette croît si rapidement qu'elle s'accroît d'environ 1 000 milliards de dollars tous les 100 jours, obligeant Wall Street , les investisseurs mondiaux et les organismes de surveillance financière internationaux à y prêter une attention toute particulière.
Selon Reuters, cette forte augmentation des engagements financiers a fait des États-Unis une source de préoccupation majeure pour le marché obligataire mondial. Après la dégradation, le mois dernier, de la note AAA des États-Unis par Moody's, les investisseurs ont commencé à se détourner des obligations d'État.
La dernière alerte remonte à avril, lorsqu'une vague de ventes d'obligations a fait grimper dangereusement les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans, augmentant ainsi les coûts d'emprunt de manière généralisée.
Les dépenses de Trump alimentent les craintes liées à la dette à long terme
Au cœur de ce problème croissant se trouve la nouvelle politique fiscale et budgétaire dudent Donald Trump, qui, selon les projections du Comité pour un budget fédéral responsable, augmentera la dette nationale de 3 300 milliards de dollars supplémentaires d’ici 2034.
Ce montant s'ajoute aux 36 500 milliards de dollars déjà en vigueur et a déjà suscité de vives critiques de la part des principaux acteurs financiers. Jamie Dimon, PDG de JP Morgan, a mis en garde contre une « fissure sur le marché obligataire », qu'il impute à des dépenses excessives et inconsidérées ainsi qu'à une mauvaise gestion budgétaire.
Bien que Scott Bessent, l'actuel secrétaire au Trésor, ait insisté sur le fait que les États-Unis « ne feront jamais défaut », la confiance mondiale s'érode. Les investisseurs s'attendent toujours à ce que le gouvernement tente de plafonner les rendements à 10 ans en dessous de 4,5 %, mais la marge de manœuvre pour y parvenir se réduit comme peau de chagrin.
Parallèlement, les banques surveillent d'éventuelles modifications des règles relatives au ratio de levier supplémentaire. Si les autorités de réglementation assouplissent les restrictions, les banques pourraient revenir sur le marché des bons du Trésor avec des positions plus importantes, mais pour l'instant, la plupart restent prudentes.
Les pays du G7 font face à une pression croissante sur leur dette, tandis que le Japon, le Royaume-Uni, la France et l'Italie réagissent
Les pays du G7, qui regroupent les principales économies mondiales, sont également confrontés à une dette croissante. Le Japon, connu depuis longtemps pour son endettement massif, affiche une dette publique plus de deux fois supérieure à son PIB.
En mai, une adjudication d'obligations à 20 ans s'est effondrée, enregistrant son pire résultat depuis 2012. Les rendements des obligations à 30 ans ont bondi de 60 points de base au cours des trois derniers mois, progressant même plus rapidement que les taux américains, selon les données de Reuters.

Les gros acheteurs, comme les compagnies d'assurance-vie et les fonds de pension, se retirent également, et pour la première fois en 16 ans, la Banque du Japon a réduit ses avoirs en obligations d'État.
Le Premier ministre Shigeru Ishiba shib sous pression pour augmenter les dépenses publiques et réduire les impôts, mais Reuters indique que les responsables envisagent désormais de réduire les ventes d'obligations à long terme pour calmer les esprits.
Au Royaume-Uni, la dette publique avoisine désormais 100 % du PIB. Le pays reste exposé aux chocs obligataires mondiaux et est actuellement le seul pays du G7 dont le rendement des obligations à 30 ans dépasse 5 %. La semaine prochaine, la ministre des Finances, Rachel Reeves, présentera un plan de dépenses pluriannuel susceptible d'inquiéter à nouveau les investisseurs.
Malgré la promesse du gouvernement de ne pas augmenter les impôts, les dépenses de défense et de santé semblent progresser. Jane Foley, analyste chez Rabobank, estime que Reeves paraît prête à dépenser, même en promettant la rigueur budgétaire. Le FMI lui a pourtant déjà conseillé de maintenir un faible niveau d'endettement.
En France, en revanche, les marchés ont retrouvé un certain calme après une année chaotique. La prime exigée par les investisseurs pour détenir des obligations françaises plutôt que des Bunds allemands a diminué, passant de 90 à environ 66 points de base. L'optimisme suscité par une coordination européennetron, notamment en matière de défense, y a contribué. Toutefois, des inquiétudes persistent.
Le Premier ministre François Bayrou devrait annoncer en juillet un plan de réduction de la dette sur quatre ans, mais on parle déjà de résistance au Parlement.
Enfin, l'Italie, habituellement le maillon faible financier du G7, connaît une rare période de stabilité. Son defibudgétaire a chuté à 3,4 % du PIB en 2024, contre 7,2 % l'année précédente. Les prévisions indiquent une nouvelle baisse à 2,9 % d'ici 2026, un niveau comparable à celui de l'Allemagne. C'est un changement significatif.
Latronperformance de l'Italie a réduit l'écart de rendement des obligations Italie/Allemagne à 10 ans à un peu moins de 100 points de base, son niveau le plus bas depuis 2021. Les investisseurs réagissent à la fois au calme politique et à une évolution de la demande d'obligations européennes.

