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L'économie russe n'a peut-être jamais été aussitronqu'elle le paraissait

ParJai HamidJai Hamid
3 minutes de lecture -
  • Le rouble russe a atteint son plus bas niveau face au dollar depuis début 2022, révélant des failles dans l'économie alors que de nouvelles sanctions américaines ciblent Gazprombank.
  • La Russie dépend fortement de la Chine pour contourner les sanctions, le commerce en yuans devenant une bouée de sauvetage, mais cela accentue sa dépendance à l'égard de Pékin.
  • Les chiffres officiels de la croissance du PIB suggèrent une certaine résilience, mais les experts remettent en question leur exactitude, les qualifiant de propagande alors que l'inflation et la pénurie de main-d'œuvre se font sentir.

L'économie russe est mise à rude épreuve par une pression énorme, et ses faiblesses sont de plus en plus difficiles à dissimuler. Cette semaine, le rouble a chuté à 114 pour un dollar, son niveau le plus bas depuis la période chaotique qui a suivi l'invasion de l'Ukraine par Moscou en 2022.

Le moment est particulièrement mal choisi pour ledent Vladimir Poutine, dont les forces continuent de bombarder les villes ukrainiennes et de remporter des gains minimes sur le front de l'Est. Alors que la Russie affirme maîtriser la situation, les chiffres racontent une tout autre histoire, laissant penser que son économie n'a peut-être jamais été aussitronque le Kremlin le prétend.

Poutine n'est pas inquiet

La récente chute du rouble a fait suite à une nouvelle série de sanctions américaines visant Gazprombank, principal instrument financier russe pour les paiements énergétiques. Ces sanctions ont eu un impact considérable, perturbant la capacité de Moscou à financer son effort de guerre.

La Banque centrale de Russie a dû intervenir en suspendant les achats de roubles par les étrangers afin de stabiliser sa monnaie fortement dépréciée. Cette intervention n'a apporté qu'un léger soulagement, le rouble s'échangeant à 110 pour un dollar jeudi. Mais le mal est déjà fait, et les experts s'interrogent sur la capacité de Moscou à maintenir longtemps cette façade de vigueur économique.

Comme prévu, Poutine a balayé les inquiétudes d'un revers de main, expliquant la chute du rouble par des facteurs saisonniers et des problèmes budgétaires. « Il n'y a absolument aucune raison de paniquer », a-t-il déclaré aux journalistes.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a également affirmé que la situation du rouble n'affecterait pas les Russes ordinaires, puisque leurs revenus sont de toute façon versés en roubles. Mais pour un pays englué dans les sanctions et engagé dans une guerre coûteuse, cet optimisme relève de l'utopie.

Chine : bouée de sauvetage pour la Russie sous sanctions

Entre-temps, Moscou a trouvé un sauveur inattendu en Chine. Pékin est devenu le principal fournisseur de la Russie pour les biens interdits par les sanctions occidentales, comblant ainsi des lacunes essentielles dans tous les secteurs, des technologies aux machines. 

Les deux pays se passent désormais du dollar dans leurs transactions, privilégiant largement le yuan. Les économistes avertissent que cette dynamique pourrait se révéler contre-productive à long terme. On comprend aisément pourquoi.

La chute du rouble ne s'explique pas uniquement par les sanctions. L'inflation en Russie s'accélère, alimentée par l'explosion des dépenses publiques liées à la guerre. La politique monétaire restrictive de la Banque centrale vise à maîtriser l'inflation, mais elle a provoqué des dissensions au sein du pouvoir russe.

Officiellement, l'économie russe semble bien se porter. Le Fonds monétaire international prévoit une croissance du PIB de 3,6 % pour 2024, plaçant ainsi la Russie parmi les économies à la croissance la plus rapide au monde, hors Inde et Chine. Les autorités russes mettent en avant avec fierté des taux de croissance de 5,4 % et 4,1 % pour les deux premiers trimestres de 2023.

Sur le papier, cela ressemble à une victoire pour M. Poutine. Mais les critiques affirment que ces chiffres relèvent davantage de la propagande que de la réalité. Depuis l'invasion, le Kremlin instrumentalise les données économiques pour projeter une image de résilience.

Vladimir Milov, économiste et militant d'opposition en exil, a mis en doute la fiabilité de ces chiffres, soulignant que le contrôle strict exercé par le gouvernement sur les données rend impossible de distinguer le vrai du faux.

Même William Pomeranz, du Wilson Center, a averti que l'économie pourrait être au bord d'une « explosion sociale », la hausse des coûts et la baisse des revenus poussant les Russes au bord du gouffre.

La pénurie de main-d'œuvre et les perturbations des chaînes d'approvisionnement aggravent la situation. La guerre a décimé la population active russe, obligeant les industries à se démener pour combler les manques.

Parallèlement, le coût de la vie continue d'augmenter, la hausse des prix des produits alimentaires et de l'énergie pesant lourdement sur les ménages. Le gouvernement a tenté d'imputer cette situation aux sanctions occidentales, les qualifiant de principal facteur d'inflation.

Même le budget militaire, qui a explosé depuis l'invasion, est soumis à des restrictions. Un décret récent a réduit les aides de l'État pour certaines catégories de soldats blessés, ce qui a provoqué l'indignation.

L'équilibre entre le beurre et les armes

La stratégie de Moscou, qui privilégie les armes au détriment du bien commun, a ses limites et ses failles apparaissent au grand jour. Poutine a nié que l'augmentation des dépenses de défense se fasse au détriment des citoyens russes ordinaires.

Le gouvernement investit massivement dans la production d'armements et les opérations militaires, au détriment d'autres priorités. Ce déséquilibre est intenable, d'autant plus que les sanctions se durcissent et que les revenus pétroliers deviennent moins réguliers.

Les exportations d'énergie ont été le salut de la Russie, lui assurant des rentrées cash constantes malgré la fermeture des marchés occidentaux. Des pays prêts à ignorer la guerre, comme la Chine et l'Inde, ont continué d'acheter du pétrole et du gaz russes. Mais même cette bouée de sauvetage est menacée.

La dynamique mondiale en faveur des énergies renouvelables et la chute des prix du pétrole érodent la domination énergétique de la Russie, réduisant ainsi les options du Kremlin.

Les dernières prévisions du FMI anticipent un net ralentissement en 2025, la croissance devant chuter à seulement 1,3 %. Le ralentissement de la croissance des salaires, la baisse des investissements privés et le resserrement du marché du travail sont autant de facteurs qui contribuent à cette situation. Si la Russie peut revendiquer des succès à court terme, les perspectives à long terme restent sombres.

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Jai Hamid

Jai Hamid

Jai Hamid couvre l'actualité des cryptomonnaies, des marchés boursiers, des technologies, de l'économie mondiale et des événements géopolitiques qui influencent les marchés depuis six ans. Elle a collaboré avec des publications spécialisées dans la blockchain, telles que AMB Crypto, Coin Edition et CryptoTale, sur des analyses de marché, des sujets liés aux grandes entreprises, à la réglementation et aux tendances macroéconomiques. Diplômée de la London School of Journalism, elle a également présenté à trois reprises son expertise du marché des cryptomonnaies sur l'une des principales chaînes de télévision africaines.

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