Le vice-amiral Thomas Daum, inspecteur du cyberespace et de l'espace informationnel et plus haut gradé allemand dans ce domaine, a anéanti les espoirs de déploiement du logiciel Palantir dans son projet phare de cloud militaire.
Le chef militaire a évoqué des préoccupations concernant la souveraineté des données et le modèle opérationnel de l'entreprise américaine, affirmant qu'il ne voyait pas cela se produire actuellement.
Cette décision intervient à un moment délicat pour les entreprises technologiques américaines qui ont inclus letrondes gouvernements internationaux dans leurs sources de revenus, tout en dilapidant leurs capitaux avant des introductions en bourse très attendues.
Pourquoi l'Allemagne exclut-elle Palantir de son cloud militaire ?
Les forces armées allemandes mettent en place un cloud privé sécurisé pour le traitement des données et les applications d'IA, un projet qu'elles considèrent indispensable à la défense numérique moderne.
Palantir, via sa plateforme Maven, fournit déjà ses services à l'OTAN et à plusieurs États membres. L'Allemagne, État membre, utilise également les données de renseignement, comme l'a reconnu Daum.
Le vice-amiral a toutefois souligné que des parties extérieures, à savoir des représentants de Palantir, exploitent cette technologie, et qu'il est, pour lui, actuellement inconcevable d'accorder à une entreprise privée américaine l'accès à la base de données nationale allemande.
L'Allemagne aurait présélectionné trois candidats pour ce projet : deux entreprises allemandes et une française. Il s'agit d'Almato, d'Orcrist et de ChapsVision. Leurs logiciels devraient être testés cet été, et letracdevrait être attribué avant la fin de l'année.
Le profil politique de Palantir est l'une des principales raisons des réserves de l'Allemagne. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, avait déjà fait part de ses inquiétudes concernant la participation minoritaire de Peter Thiel, cofondateur de Palantir, dans le fabricant allemand de drones Stark Defense.
Cetracn'a été validé qu'après que le ministère a reçu l'assurance que Thiel ne détenait aucune autorité opérationnelle sur l'entreprise.
La prudence de l'Allemagne s'inscrit-elle dans un mouvement de contestation plus large contre la dépendance des États-Unis à l'égard de l'IA ?
La décision de Berlin n'est peut-être pas isolée, car une étude du Stanford Institute for Human-Centered AI (HAI) a montré que les gouvernements du monde entier se précipitent pour atteindre ce qu'ils appellent la « souveraineté en matière d'IA », motivés par la crainte d'une dépendance excessive à l'égard d'un petit nombre de fournisseurs et de leurs pays d'origine.
Le Royaume-Uni aurait investi 500 millions de livres sterling dans une unité souveraine dédiée à l'IA, tandis que la France et le Brésil élaborent des cadres réglementaires nationaux dans le même esprit. La Chine est elle aussi une puissance majeure en IA, se classant au même niveau que les États-Unis.
Cependant, Washington semble s'opposer à la concrétisation d'une telle indépendance en matière d'IA, comme l'indiquait un télégramme du Département d'État signé par le secrétaire Marco Rubio en février, enjoignant les diplomates à faire pression contre les lois étrangères sur la souveraineté des données, affirmant qu'elles pourraient perturber les services d'IA et de cloud fournis par les entreprises américaines.
Le télégramme dénonçait le RGPD de l'UE comme étant inutilement contraignant, et les récents développements suggèrent que cette approche a renforcé la détermination européenne plutôt que de l'adoucir.
Les entreprises américaines spécialisées dans l'IA peuvent-elles se permettre de perdre des contrats gouvernementaux internationaux ?
La position de l'Allemagne en matière d'achats publics intervient à un moment où certains des plus grands acteurs du secteur américain de l'IA se préparent à une introduction en bourse tout en accusant des pertes qui dépassent largement leurs revenus.
La division IA de SpaceX a représenté 61 % des 20,74 milliards de dollars de dépenses d'investissement totales de l'entreprise en 2025, tout en enregistrant une perte d'exploitation de 6,4 milliards de dollars, selon Reuters.
Aucun des trois principaux candidats à l'introduction en bourse dans le domaine de l'IA, SpaceX, OpenAI ou Anthropic, ne prévoit d'atteindre la rentabilité avant la fin de la décennie.
La situation d'OpenAI est particulièrement tendue à l'approche de son introduction en bourse prévue dès le quatrième trimestre de cette année. Le Wall Street Journal a rapporté que l'entreprise n'a pas atteint ses objectifs internes l'an dernier, tant en termes d'utilisateurs actifs hebdomadaires que de chiffre d'affaires annuel de ChatGPT, suite à la conquête de parts de marché par Gemini de Google.
La directrice financière Sarah Friar a averti en interne que l'entreprise pourrait avoir du mal à financer ses futurstracinformatiques si la croissance des revenus ne s'accélère pas, tandis que certains membres du conseil d'administration ne sont pas vraiment satisfaits de la stratégie du PDG Sam Altman consistant à bloquer 600 milliards de dollars d'engagements futurs dans les centres de données.
Si d'autres puissances souveraines continuent d'orienter les activités de défense et d'infrastructures critiques vers des alternatives nationales ou européennes, les marchés potentiels que ces entreprises proposent aux investisseurs setracavant même de se concrétiser pleinement, ce qui peut être désastreux pour leurs résultats financiers respectifs.

