La réglementation chinoise en matière d'IA se montre plus souple que les cadres réglementaires extrêmement restrictifs appliqués à d'autres secteurs technologiques. Ce choix stratégique, selon les experts, vise à stimuler la croissance et à consolider la domination technologique.
Angela Huyue Zhang, professeure de droit à l'Université de Hong Kong et auteure de « High Wire : Comment la Chine régule les géants de la tech et gouverne son économie », décrit un schéma récurrent en trois phases dans la réglementation technologique chinoise. Dans un premier temps, une période de souplesse réglementaire accorde aux entreprises une grande liberté d'expansion et d'innovation. Cette phase est souvent suivie d'une répression soudaine, comme on l'a constaté chez les grandes entreprises technologiques telles qu'Alibaba et Tencent, où des actions antérieures, comme les fusions-acquisitions, font l'objet d'un examen rigoureux, pouvant entraîner des amendes importantes. Le cycle se conclut généralement par un assouplissement des restrictions, visant à stabiliser l'environnement réglementaire.
Par exemple, la répression contre Alibaba en 2020 a abouti à une amende de 2,8 milliards de dollars pour infractions aux lois antitrust, un changement radical par rapport à l'attitude de laissez-faire antérieure qui avait permis à l'entreprise de croître considérablement.
Le statut particulier de l'IA dans la politique technologique chinoise
L'intelligence enj(IA) bénéficie actuellement d'une place privilégiée dans le paysage politique technologique chinois. Ce secteur est perçu comme essentiel à la réalisation des ambitions de la Chine en matière de suprématie technologique et d'autosuffisance économique. Zhang souligne que l'importance stratégique de l'IA a conduit à une approche réglementaire moins interventionniste, rappelant les phases initiales d'expansion observées dans d'autres secteurs technologiques.
Cette approche s'estdent lors de la session parlementaire annuelle chinoise, où l'IA a été présentée comme une « nouvelle force productive de qualité », essentielle pour contrer les ralentissements économiques. L'implication du gouvernement s'étend à de multiples rôles : élaboration des politiques, incubation et investissement, garantissant ainsi un soutien étatique substantiel aux initiatives en matière d'IA.
Malgré les mesures strictes récemment mises en place concernant le contrôle des contenus et les données des utilisateurs, la réglementation de l'IA reste floue, privilégiant la prévention de la dissidence politique plutôt que la lutte contre les atteintes potentielles aux droits humains. Cette situation a permis aux entreprises spécialisées en IA de bénéficier d'une grande marge de manœuvre pour innover et se développer, sans être menacées par une répression réglementaire imminente.
L'avenir de la réglementation de l'IA en Chine
Bien que le contexte actuel soit favorable au développement de l'IA, la possibilité d'un changement réglementaire brutal plane, potentiellement déclenché par un usage abusif important de cette technologie menaçant l'ordre public ou la stabilité sociale. Un tel événement pourrait entraîner une réaction rapide et ferme du gouvernement, bouleversant du jour au lendemain le paysage réglementaire.
Zhang prévoit que, sauf controverse majeure, le gouvernement chinois n'engagera probablement pas d'enquêtes approfondies sur les entreprises leaders en IA comme Baidu ou ByteDance. Cette position souligne une stratégie plus large visant à privilégier la croissance et l'innovation dans le secteur de l'IA, tout en restant vigilant face à tout développement susceptible de nécessiter une réglementation plus stricte.
La gestion par la Chine de la réglementation de l'IA illustre sa stratégie technologique globale : promouvoir une croissance rapide et un leadership mondial dans les domaines technologiques clés, tout en conservant la capacité d'exercer un contrôle strict lorsque cela s'avère nécessaire. Cet équilibre délicat vise à tirer parti des avantages de l'IA pour le développement national tout en prévenant les risques et les instabilités potentiels.

