L'Europe est désormais prise en étau entre deux guerres qui coupent le Vieux Continent du pétrole, et cette situation désespérée exacerbe les tensions au sein de son union d'États-nations.
Alors que le conflit iranien perturbe les approvisionnements en provenance de la région du Golfe persique, l'invasion en cours de l'Ukraine bloque le flux de pétrole russe et le rend inacceptable.
Les appels lancés par certains membres de l'UE en faveur d'un allègement des sanctions pétrolières contre Moscou, maintenant que Washington l'a fait, se heurtent à une résistance à Bruxelles, tandis que le Kremlin menace de fermer la porte en premier.
L'Europe financera les réparations du pipeline Druzhba en Ukraine
Les livraisons de pétrole en provenance de Russie deviennent un sujet de discorde entre certains États membres de l'UE, fortement dépendants de l'énergie de Moscou, et l'administration bruxelloise.
L'oléoduc Druzhba, qui approvisionne les pays d'Europe de l'Est en pétrole brut russe, est à sec depuis fin janvier, l'Ukraine attribuant cet arrêt à une attaque de drone russe.
Cependant, la Hongrie et la Slovaquie accusent Kiev d'être à l'origine des perturbations persistantes. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, candidat à des élections contestées en avril, affirme que le gouvernement ukrainien retarde intentionnellement les réparations.
Son homologue slovaque, Robert Fico, affirme que l'installation de Brody, dans la région de Lviv, n'a même pas été endommagée. Les deux dirigeants sont favorables à la fin de la guerre et au rétablissement des liens économiques européens avec la Russie.
Parallèlement, l'Ukraine a accepté le soutien technique et financier offert par l'Union européenne pour réparer l'oléoduc et rétablir les livraisons de pétrole via Druzhba.
L'UE espère que cela convaincra Orbán de lever son veto sur un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine et sur le 20e train de sanctions contre la Fédération de Russie.
Mais même si le pétrole russe recommence à être acheminé, ses jours sur le marché européen sont comptés. En annonçant l'accord avec Druzhba sur les réseaux sociaux, la présidente dent la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l'a clairement indiqué mardi :
« Notre priorité est d’assurer la sécurité énergétique de tous les citoyens européens. À ce titre, nous continuerons de travailler avec les parties concernées sur des itinéraires alternatifs pour le transit du pétrole brut non russe vers les pays d’Europe centrale et orientale. »
Bruxelles exclut un retour à la dépendance énergétique russe
Plus tôt cette semaine, l'organe exécutif à Bruxelles a exhorté les États membres, dont la Hongrie et la Slovaquie, qui bénéficient encore de dérogations pour le pétrole russe, à se préparer à son interdiction totale.
Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jorgensen, a indiqué lors d'un point presse que l'UE n'avait aucune intention de redevenir dépendante dent l'énergie russe, malgré la flambée des prix dans un contexte d'escalade du conflit en Iran. Cité par Politico, il a déclaré aux journalistes :
« Ce serait une erreur de notre part de répéter ce que nous avons fait par le passé. À l'avenir, nous n'importerons pas une seule molécule de Russie. »
Plus tôt ce mois-ci, Ursula von der Leyen a déclaré qu'un retour au pétrole et au gaz russes serait une « erreur stratégique » pour l'Union européenne, car cela l'affaiblirait.
La Commission européenne prévoit de présenter mi-avril une proposition d'interdiction totale des importations de pétrole russe dans l'Union européenne, en plus d'une réduction progressive des importations de gaz russe. Cependant, les appels se multiplient pour la suspension des sanctions contre Moscou, une mesure déjà prise par les États-Unis concernant le pétrole russe bloqué en mer.
Le Premier ministre belge, Bart de Wever, a insisté dimanche sur le fait que l'UE devait négocier avec la Russie pour « retrouver l'accès à une énergie bon marché »
Mettre fin définitivement aux achats de pétrole russe dans la situation actuelle, avec la hausse des prix des carburants, « porterait un coup dur à l’économie européenne », a averti le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto.
Dans un message publié sur X, il a appelé le président de la Commission européenne etdent ukrainien Volodymyr Zelenskyy à « mettre fin à ce théâtre politique » et à lever « immédiatement » le « blocus pétrolier » imposé à son pays.
Bonjour Ursula von der Leyen ! Après près de 50 jours, la Commission européenne a constaté que deux États membres subissent un blocus pétrolier de la part de l'Ukraine et promet désormais de résoudre la situation.
Ne vous laissez pas berner. C'est un jeu politique. Chaque étape a été coordonnée entre Kiev et… https://t.co/lLtMGKozEc
– Péter Szijjártó (@FM_Szijjarto) 17 mars 2026
Parallèlement, le gouvernement russe examine actuellement la possibilité d'interrompre ses livraisons d'énergie au marché européen avant même qu'elles ne soient interdites par l'UE.
Mercredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé que la question était toujours à l'étude car elle nécessitait une « analyse approfondie »
Ledent Vladimir Poutine avait ordonné cette évaluation plus tôt, déclarant que la Russie pourrait ne pas attendre qu'on lui claque la porte au nez, mais rediriger ses livraisons ailleurs.
Dans ces circonstances, l'Europe semble se trouver confrontée à des options de plus en plus limitées pour assurer sa sécurité énergétique, à des prix acceptables pour tous ses membres.

