Dans une initiative susceptible d'impacter significativement le marché mondial des puces d'IA, l'administration Biden envisage sérieusement de combler une lacune juridique permettant aux entreprises chinoises d'accéder aux puces d'intelligence artificielle (IA) américaines via leurs filiales à l'étranger. Cette mesure s'inscrit dans le cadre des efforts continus visant à renforcer les restrictions sur les exportations de puces vers la Chine, notamment celles ayant des applications militaires potentielles. La difficulté à réglementer efficacement ces exportations illustre les défis complexes auxquels l'administration est confrontée dans sa volonté de freiner les progrès rapides de la Chine en matière de technologie d'IA.
Efforts visant à limiter l'accès de la Chine aux puces d'IA américaines
Afin de freiner le développement des capacités chinoises en intelligence artificielle, le gouvernement américain envisage de combler une faille critique permettant aux entreprises chinoises d'accéder aux puces d'IA américaines via leurs filiales à l'étranger. Les premières restrictions, imposées l'an dernier, visaient à limiter les exportations directes de puces d'IA et d'outils de fabrication de semi-conducteurs vers la Chine, dans le but d'entraver les progrès militaires du pays. Cependant, une lacune importante subsistait, les filiales étrangères enjd'un accès illimité à ces semi-conducteurs essentiels. Cette lacune a été misedent en juin dernier, lorsque des informations ont révélé que les puces d'IA interdites pouvaient être facilement achetées à Shenzhen, un important centre detronélectronique du sud de la Chine.
L’administration Biden, consciente de cette vulnérabilité, étudie activement des mesures pour combler cette lacune et prévenir tout détournement potentiel de la technologie d’IA américaine par des entités chinoises. Cette initiative souligne la complexité de l’application des contrôles à l’exportation et les difficultés persistantes rencontrées pour limiter l’accès de la Chine aux capacités d’IA avancées.
Selon Greg Allen, directeur au Centre d'études stratégiques et internationales, les entreprises chinoises acquièrent des puces pour les déployer dans des centres de données à l'étranger, Singapour s'imposant comme une plaque tournante majeure du cloud computing. Le département du Commerce s'est abstenu de tout commentaire sur ces développements, laissant le secteur et les observateurs s'interroger sur l'impact potentiel sur la chaîne d'approvisionnement des puces d'IA.
Le contrôle croissant sur les puces d'IA et les progrès militaires de la Chine
L'urgence de contrôler l'accès de la Chine aux puces d'IA américaines découle de préoccupations liées à la sécurité nationale, notamment concernant le développement de systèmes de combat sans pilote alimentés par une intelligence artificielle avancée. La revue International Affairs Review, affiliée à l'École des affaires internationales de l'Université George Washington, a souligné le rôle crucial de l'IA dans le renforcement des capacités militaires de la Chine. La dépendance de la Chine aux puces d'IA est dent : un rapport de juin 2022 du Centre pour la sécurité et les technologies émergentes (CSET) de l'Université de Georgetown révèle qu'une large majorité des puces d'IA acquises par la Chine dans le cadre d'appels d'offres militaires provenaient d'entreprises américaines telles que Nvidia, Xilinx, Intel et Microsemi.
Bien que l'expédition directe de ces puces d'IA vers la Chine continentale soit illégale au regard du droit américain, la difficulté réside dans le contrôle et la réglementation efficaces de ces transactions. Les experts soulignent la complexité du contrôle des transactions, notamment lorsque des employés basés en Chine peuvent accéder légalement à ces puces à distance depuis des filiales étrangères. Hanna Dohmen, analyste de recherche au CSET de l'Université de Georgetown, reconnaît l'incertitude quant à l'ampleur du problème et insiste sur la nécessité de mesures rigoureuses pour garantir l'application effective des contrôles à l'exportation.
Les nouvelles réglementations, attendues ce mois-ci, devraient étendre les restrictions sur les puces d'IA, impactant ainsi les entreprises de l'ensemble du marché. Récemment, le gouvernement américain a enjoint Nvidia et AMD de limiter leurs exportations de puces d'IA hors de Chine, étendant ainsi son contrôle à d'autres régions, notamment certains pays du Moyen-Orient. Cependant, la question plus générale de l'accès des ressortissants chinois aux services cloud américains proposant des capacités d'IA similaires reste complexe. L'administration Biden est confrontée à la complexité de la réglementation de l'accès à ces puces à l'échelle mondiale. Comme le souligne Timothy Fist, chercheur au Center for a New American Security, des ressortissants chinois peuvent légalement accéder à des pucesdentdepuis n'importe où dans le monde, ce qui soulève des interrogations quant à l'efficacité des cadres réglementaires actuels dans un environnement numérique interconnecté.

