Friedrich Merz a promis d'agir lorsqu'il est devenu chancelier d'Allemagne en mai. Il a lancé un plan de relance de 500 milliards d'euros, a impulsé des réformes économiques et s'est engagé à relancer la croissance de la première économie européenne.
Mais quatre mois plus tard, la situation se retourne contre lui, les électeurs sont mécontents et sa propre coalition le freine. Dernier signe en date : en août, le chômage a dépassé les trois millions pour la première fois en dix ans.
D'après un sondage Reuters, le plan de relance, censé être rapide, s'est transformé en une période d'attente. La majeure partie des fonds est bloquée et les réformes progressent plus lentement que prévu.
La frustration du public s'accroît rapidement et 61 % des Allemands pensent désormais que la situation économique va se détériorer, contre 50 % en mai. Ce changement d'opinion renforce le soutien au parti d'extrême droite AfD, qui est déjà en tête dans plusieurs sondages nationaux.
La coalition bloque les réformes alors que le chômage atteint un niveau record depuis dix ans
Au sein de la coalition de Merz, la situation est tendue. Conservateur, il se retrouve contraint de collaborer avec le SPD (parti de centre-gauche) qui traîne des pieds.
La ministre du Travail du SPD, Baerbel Bas, a créé une commission chargée d'examiner les allocations chômage et les incitations à l'emploi. Mais au lieu d'accélérer le processus, son plan reporte la réforme à la fin de l'année, ce qui entraînera de longs débats au Parlement. Les critiques estiment que c'est beaucoup trop lent.
Merz s'était également engagé à abroger la loi sur la chaîne d'approvisionnement, que les entreprises jugent coûteuse et complexe. Mais au lieu de la supprimer, le gouvernement l'a édulcorée mercredi dernier.
Concernant l'énergie, les tarifs du réseau seront réduits, mais de façon marginale. La taxe sur l'électricité sera abaissée, mais seulement pour certains secteurs, pas pour tous. Ces demi-mesures ne correspondent pas aux promesses faites à la population.
Le gouvernement avait également annoncé des baisses d'impôts pour les entreprises et les ménages, mais elles ne se sont toujours pas concrétisées. Les électeurs s'impatientent. Les entreprises se plaignent. Et la crédibilité de Merz est en train de s'effriter.
Les signaux économiques se détériorent à mesure que le moral des investisseurs se dégrade
Certains économistes étaient optimistes lorsque le moral des entreprises s'est légèrement amélioré en août, atteignant son plus haut niveau en 15 mois. Mais ce chiffre reposait surtout sur des anticipations, et non sur la performance réelle. La situation actuelle des entreprises s'est dégradée. Et le reste des données est tout aussi alarmant.
L'économie s'esttracau deuxième trimestre, réduisant à néant les espoirs d'une véritable reprise. En juin, la production industrielle a chuté à son plus bas niveau depuis 2020. La demande étrangère a diminué et la concurrence chinoise s'intensifie. Une étude d'EY révèle que 245 500 emplois industriels ont été perdus en Allemagne depuis 2019.
Parallèlement, les nouveaux droits de douane américains, instaurés sous ladent de Donald Trump, pénalisent les exportateurs allemands, déjà fragilisés par leurs efforts de redressement. La confiance des investisseurs a de nouveau été ébranlée en août, l'accord commercial UE-États-Unis n'ayant pas répondu aux attentes.
Merz est parvenu à faire adopter les budgets de cette année et de l'année prochaine, preuve que la coalition peut fonctionner sous la contrainte. Mais cela n'a pas apaisé les tensions autour des questions de protection sociale, de fiscalité, et même du rétablissement du service militaire obligatoire. Les observateurs comparent désormais Merz à l'ancien chancelier Olaf Scholz, qui n'avait lui non plus pas réussi à faire adopter de grandes réformes.
Il y a néanmoins quelques points positifs. Les économistes ont salué le plan de relance de l'investissement approuvé en juin. Ce plan prévoit notamment des règles d'amortissement plus avantageuses pour les entreprises et une réduction de l'impôt sur les sociétés. Le gouvernement a également augmenté les dépenses de défense.
Cependant, un sondage de l'Institut Ifo a révélé que seulement 25 % des 170 économistes interrogés ont approuvé les actions du gouvernement. 42 % ont émis un avis négatif, pointant du doigt la hausse des coûts des retraites et l'absence de véritable stratégie à long terme.
L'inflation est un autre sujet de préoccupation. En août, le taux d'inflation dans la zone euro a légèrement augmenté pour atteindre 2,1 %, dépassant ainsi les 2 % prévus. Andrew Kenningham, économiste en chef pour l'Europe chez Capital Economics, a déclaré que cette hausse n'incitera pas la Banque centrale européenne (BCE) à relever ses taux d'intérêt dans un avenir proche.
« Les responsables de la BCE devraient maintenir les taux d'intérêt inchangés lors de leur réunion de la semaine prochaine, et probablement pendant plusieurs mois encore », a-t-il déclaré mardi. « Cela devrait les rassurer quant à la poursuite de l'atténuation des pressions inflationnistes intérieures. »
Irene Lauro, économiste spécialiste de la zone euro chez Schroders, a convenu que la BCE agirait avec prudence. « Avec l’atténuation des incertitudes commerciales, la reprise de la zone euro devrait s’accélérer à mesure que les entreprises augmentent leurs emprunts et leurs investissements. ».
Dans ce contexte, la BCE devrait maintenir ses taux d'intérêt prudemment stables en septembre », a-t-elle déclaré. Mme Lauro a également indiqué que la résilience de l'inflation sous-jacente conforte leur analyse selon laquelle la normalisation de la politique monétaire est terminée et que la BCE tracde près la croissance avant de décider de la suite des opérations.

