Le dernier budget national indien vise à protéger l'économie des tensions croissantes liées aux mesures commerciales américaines, notamment les droits de douane imposés sous ladent de Donald Trump.
Le budget , présenté dimanche, détaille la stratégie du gouvernement du Premier ministre Narendra Modi pour maintenir la croissance, renforcer les secteurs clés et aider le pays à se préparer à un environnement commercial mondial plus instable. Il prévoit un soutien important aux exportateurs touchés par les droits de douane américains, ainsi que de nouveaux financements pour les secteurs prioritaires, notamment les semi-conducteurs , les terres rares et les ressources critiques.
Le gouvernement a également annoncé des dépenses supplémentaires en infrastructures et une hausse de 18 % des dépenses de défense, dans un contexte de craintes liées aux menaces sécuritaires posées par la Chine et le Pakistan. Il s'est par ailleurs gardé de recourir à des dépenses somptuaires ou à des réductions d'impôts massives.
Le gouvernement a globalement respecté ses objectifs d'endettement et maîtrisé les dépenses publiques, un signe encourageant alors que le parti de Modi se prépare à des élections régionales cruciales. Ashok Malik, de The Asia Group, a déclaré que le budget visait à « protéger l'Inde tout en restant attentif aux difficultés économiques mondiales », plutôt qu'à mettre en œuvre des mesures de relance agressives.
Les actions ont fortement chuté suite à l'annonce du budget – un repli que les investisseurs attribuent à une hausse des taxes sur les transactions boursières visant à freiner la spéculation, plutôt qu'à un mécontentement généralisé vis-à-vis du nouveau plan de dépenses. Le gouvernement prévoit également d'emprunter davantage au cours du prochain exercice budgétaire que prévu par le marché, une mesure susceptible de peser sur le marché obligataire lundi.
Les tensions commerciales contraignent l'Inde à modifier sa stratégie économique
La ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, a déclaré que l'Inde évolue dans un contexte mondial , marqué par des tensions sur les systèmes commerciaux et des perturbations des chaînes d'approvisionnement. Bien qu'elle n'ait pas mentionné explicitement les États-Unis, le budget aborde clairement les récentes mesures commerciales américaines, notamment le droit de douane de 50 % imposé depuis août. Ces droits de douane, liés à certains achats de pétrole russe par l'Inde, ont pesé sur les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre comme le textile et l'ameublement.
Pour réduire la vulnérabilité, le gouvernement encourage une plus grande autonomie. Parmi les mesures récentes figurent la réduction des taxes sur la consommation afin de stimuler la demande intérieure, la réforme du droit du travail pour offrir une plus grande flexibilité aux entreprises et l'ouverture de secteurs tels que le nucléaire et la finance aux investissements privés. Les économistes estiment que ces réformes visent à accroître la productivité et à faciliter l'activité économique en Inde.
La stratégie secondaire de Modi a consisté à améliorer les relations commerciales afin de contrebalancer la menace américaine. La semaine dernière, après près de vingt ans de négociations, l'Inde et l'Union européenne ont annoncé la conclusion d'un accord de libre-échange, offrant ainsi aux exportateurs des deux parties un répit face aux droits de douane imposés par Trump. L'année dernière, l'Inde a également signé des accords commerciaux avec le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande.
L'Inde privilégie l'autosuffisance et les nouveaux partenaires commerciaux
Le budget prévoit de nouveaux investissements pour renforcer les capacités locales dans les secteurs de la fabrication de semi-conducteurs, de l'industrie pharmaceutique et des terres rares. Une attention particulière est portée aux régions riches en minéraux de l'est et du sud de l'Inde, et des mesures sont prévues pour développer l'extraction, le traitement et la production minière.
Ces mesures, affirment-ils, seront cruciales pour développer une base industrielle résiliente en cette période d'incertitude. Outre l'autosuffisance, l'Inde s'efforce également de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis en développant ses relations commerciales avec d'autres pays. L'Inde a récemment rejoint l'Union européenne, cherchant à garantir le libre-échange avec l'UE, et a conclu des accords similaires avec le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande l'année dernière.
Le gouvernement prévoit une croissance économique comprise entre 6,8 % et 7,2 % l'an prochain, malgré les prévisions plus pessimistes de nombreux analystes. L'opposition estime que le budget est insuffisant pour lutter contre le chômage des jeunes et le faible niveau d'épargne des ménages. Jusqu'à présent, le gouvernement s'attache avant tout à soutenir l'économie face à l'incertitude mondiale tout en gérant les finances publiques.

