L'interdiction de Huawei coûterait 40 milliards d'euros à l'Europe et ferait grimper les prix des équipements de 43 %

Les opérateurs de télécommunications européens pourraient devoir débourser jusqu'à 40 milliards d'euros pour retirer de leurs réseaux les équipements de fabrication chinoise, tandis que deux entreprises nordiques finiraient par contrôler la quasi-totalité du marché, selon un nouveau rapport sectoriel.
Selon un nouveau rapport sectoriel, les opérateurs télécoms européens risquent de perdre jusqu'à 40 milliards d'euros en retirant de leurs réseaux les équipements de fabrication chinoise. Le marché sera alors laissé aux mains d'entreprises nordiques qui détiennent un quasi-monopole sur l'ensemble du secteur.
Les nouvelles estimations, publiées mercredi, sont plus de trois fois supérieures aux prévisions de Bruxelles, qui tablaient sur un montant total d'environ 10 à 13 milliards d'euros. Ce rapport a été commandé par sept grands groupes d'opérateurs européens, dont Deutsche Telekom, Vodafone et Orange. Il a été réalisé par GSMA Intelligence, le département de recherche de la GSMA, l'association mondiale des opérateurs de télécommunications.
Ce rapport fait suite à la décision de la Commission européenne de modifier sa loi sur la cybersécurité. Ces modifications obligeraient juridiquement les États membres à retirer tous les équipements des pays considérés comme à haut risque. Les entreprises chinoises Huawei et ZTE sont les principales cibles, comme l'avait précédemment indiqué Cryptopolitan .
L'étude indique que le coût de cette suppression constituera « l'une des interventions structurelles les plus importantes dans le secteur des télécommunications européen depuis des décennies »
Bruxelles s'est trompée dans les chiffres
Le coût total se répartit entre les nouvelles stations de base mobiles et le matériel associé, estimés entre 16 et 22 milliards d'euros, et les équipements de réseau de transport, qui acheminent les données entre les sites, qui représentent un investissement supplémentaire de 9 à 12 milliards d'euros. Par ailleurs, les équipements haut débit fixes, notamment les équipements d'accès à la fibre optique, représentent 5 milliards d'euros supplémentaires.
La Commission s'est uniquement intéressée aux réseaux mobiles, mais l'étude de la GSMA couvrait également les réseaux fixes à haut débit et de transport, en s'appuyant sur des données de coûts internes provenant d'opérateurs desservant près de la moitié des abonnés mobiles de l'UE.
Le rapport souligne également que l'éviction des fournisseurs chinois réduirait fortement la concurrence, aucun nouvel acteur ne devant combler le vide. De ce fait, les prix des équipements mobiles augmenteront de 24 %, ceux des équipements haut débit fixe de 19 % et ceux des équipements de réseaux de transport de 10 %.
Par ailleurs, si la majeure partie des activités de Huawei et de ZTE se concentre sur le principal fournisseur restant, le coût des équipements mobiles pourrait augmenter jusqu'à 43 %. Ces hausses de prix alourdiraient les plans d'investissement des opérateurs d'environ 8,5 milliards d'euros entre 2027 et 2030, et d'environ 24 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2035.
Huawei détient actuellement environ un quart du marché des équipements mobiles de l'UE, une part qui atteint environ un tiers si l'on inclut ZTE. Sur le marché des réseaux fixes, les deux entreprises chinoises représentent à elles deux près de 40 %.
Leur élimination ne laisserait que le suédois Ericsson et le finlandais Nokia comme acteurs majeurs. La part de marché d'Ericsson dans le secteur de la téléphonie mobile atteindrait près de 60 %, les deux entreprises détenant ensemble environ 96 %. La part de Nokia dans le haut débit fixe passerait de 30 % à près de 50 %.
Selon le rapport, la hausse des coûts inciterait les opérateurs à ralentir ou à annuler les mises à niveau des réseaux, aggravant ainsi le déficit d'infrastructures numériques de 205 milliards d'euros déjà constaté en Europe.
Une étude distincte publiée en mai par la Chambre de commerce chinoise à l'UE et le cabinet de conseil KPMG a estimé les dommages économiques plus larges causés par les règles proposées à 367,8 milliards d'euros sur cinq ans, dont 57,4 milliards d'euros pour le secteur des télécommunications.
Ces conclusions interviennent dans un contexte de résistance croissante au sein du bloc
L’Allemagne et l’Espagne sont à la pointe de la résistance des États membres, les responsables des deux pays faisant valoir qu’une interdiction au niveau de Bruxelles risque de déclencher des représailles de Pékin et d’augmenter le coût de la construction d’infrastructures d’IA à travers l’ Europe.
Le ministère chinois des Affaires étrangères a formulé cette menace de manière explicite. « Si des entreprises chinoises sont victimes de discrimination, la Chine prendra des mesures résolues, conformément à la réglementation en vigueur, afin de protéger leurs droits et intérêts légitimes », a déclaré le ministère dans un communiqué.
La ministre allemande de l'Économie, Katherina Reiche, s'adressant à la presse à Pékin mercredi, a résumé la situation délicate dans laquelle se trouve son pays : « Nous devons lutter contre la concurrence déloyale, par exemple dans les secteurs de l'acier et des ferro-alliages, par des mesures appropriées, tout en veillant à ce que nos entreprises puissent continuer à exporter. ».
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Noor Bazmi
Noor Bazmi collabore avec l'équipe Cryptopolitan et est titulaire d'un diplôme en études des médias. Elle couvre l'actualité de la blockchain, des cryptomonnaies, de l'intelligence artificielle, des géants de la tech, du marché des véhicules électriques, de l'économie mondiale et des changements de politiques gouvernementales. Elle poursuit actuellement des études en marketing afin de toucher un public international.
















