Les marchés obligataires français ont été secoués lundi matin après que Fitch a abaissé la note de crédit du pays vendredi soir, faisant grimper le rendement à 10 ans de 7 points de base à 3,5132 % à 7h40 heure de Londres, selon les données de CNBC.
Ce n'était que le début. Le taux des obligations à 30 ans, connues localement sous le nom d'OAT, a grimpé encore plus vite, gagnant 8 points de base pour atteindre 4,3351 %. Cette flambée fut de courte durée, les rendements se repliant plus tard dans la matinée, vers 9 h 13. Mais à ce moment-là, l'information s'était déjà répandue comme une traînée de poudre dans toutes les salles de marché européennes.
Cette dégradation de n'était pas inattendue. Fitch a abaissé la note de la France de AA- à A+, maintenant une perspective stable, mais avertissant que l'augmentation de la dette publique et la fragilité du système politique du pays rendent plus difficile la maîtrise de la politique budgétaire.
Le communiqué mentionne un « ratio d'endettement élevé et croissant » et une « fragmentation politique » comme les deux principales raisons de cette réduction. L'agence prévient également qu'aucun plan clair n'est prévu pour stabiliser la dette dans les années à venir.
Cette décision de notation intervient alors que la France est déjà plongée dans un chaos politique profond. L'ancien Premier ministre François Bayrou a été contraint à la démission lundi après avoir perdu un vote de confiance, et le vide qu'il a laissé n'a fait qu'accroître l'inquiétude des investisseurs.
Bayrou avait proposé 44 milliards d'euros (51,5 milliards de dollars) de coupes budgétaires et d'augmentations d'impôts. Il n'a pas réussi à convaincre le Parlement ni l'opinion publique. Désormais, c'est le problème de quelqu'un d'autre.
Macron nomme Lecornu tandis que les opérateurs obligataires se préparent à de nouvelles baisses de prix
Ledent Emmanuel Macron a réagi promptement. Quelques heures seulement après la démission de Bayrou, il a nommé Sébastien Lecornu, ancien ministre de la Défense, au poste de Premier ministre. Lecornu est ainsi la cinquième personne à occuper cette fonction en moins de deux ans. Sa capacité à s'y maintenir est déjà sujette à interrogation.
Lecornu n'a eu aucun répit. Les manifestants ont envahi les rues le jour même de son entrée en fonction. D'autres grèves menées par les syndicats sont prévues cette semaine, les perturbations les plus importantes étant attendues jeudi.
Les manifestations visent les mêmes réformes économiques qui ont contribué à la chute du gouvernement Bayrou. Les analystes estiment que Lecornu devra faire face à la même opposition parlementaire concernant les douloureuses coupes budgétaires nécessaires pour réduire defipublic français.
La première mesure prise par Lecornu fut de retirer l'une des idées les plus impopulaires de Bayrou : la suppression de deux jours fériés. Cette proposition, censée permettre des économies, a finalement suscité une vive controverse.
Les analystes d'ING ont signalé cette décision dans une note publiée lundi, affirmant que le revirement rapide de Lecornu témoigne de la toxicité croissante du débat sur les dépenses.
Fitch avertit defireste trop élevé alors que de nouvelles révisions se profilent
Fitch ne s'est pas contenté de dégrader la note et de se retirer. L'agence a estimé que le déficit budgétaire de la France resterait à 5,5 % du PIB en 2025, soit une légère baisse par rapport aux 5,8 % de 2024.
Ce chiffre est presque le double de la médiane projetée pour la zone euro, qui est de 2,7 %. L'agence prévoit également que la dette publique totale de la France passera de 113,2 % du PIB en 2024 à 121 % en 2027.
L'avertissement selon lequel il n'existe « aucune perspective claire de stabilisation de la dette » à l'avenir a inquiété les analystes obligataires. Et Fitch n'était pas le seul concerné. D'autres annonces sont à venir. Moody's doit réexaminer la notation de la France le 24 octobre, et S&P Global Ratings devrait rendre sa décision le 28 novembre.
Les observateurs du marché affirment que les investisseurs anticipaient déjà une aggravation de la situation. Dans leur note de lundi, les analystes d'ING écrivaient : « Les obligations souveraines françaises se négocient à des écarts par rapport aux taux de swap compatibles avec de multiples dégradations de leur notation. »
Ils ont également indiqué qu'il n'était pas surprenant que la dégradation de la note vendredi soir n'ait pas provoqué de vente massive, car beaucoup s'y attendaient déjà.
Mais ING a souligné que la suite des événements dépendra de la capacité de Lecornu à élaborer un plan que l'Assemblée nationale pourra soutenir.
« Au niveau local, l’attention se porte sur la rapidité avec laquelle, voire la possibilité même, le nouveau Premier ministre français, Sébastien Lecornu, parviendra à rallier les esprits d’une Assemblée nationale aux opinions divergentes à la voie impopulaire mais essentielle de l’assainissement budgétaire », ont écrit les analystes.
Même si la situation ne dégénère pas, les investisseurs ne négligent pas les risques. ING a conseillé à ses clients de surveiller les marchés des changes, ajoutant que les acteurs du marché garderont un œil sur la dette française, même si leur conviction principale est que cela ne devrait pas dégénérer en une nouvelle crise de la zone euro

