Mercredi, la Commission européenne a présenté une nouvelle stratégie visant à renforcer le marché commun de l'Union européenne, une mesure destinée à protéger le bloc des pressions commerciales croissantes et des nouveaux droits de douane que menacent les États-Unis.
Cette stratégie vise à renforcer la coopération entre les États membres et à lever les obstacles dans des domaines tels que la finance, l'énergie et les télécommunications. Elle prévoit également d'accompagner la croissance et la numérisation des petites et moyennes entreprises tout en réduisant les freins à l'investissement.
Créé il y a plus de trente ans, le marché unique européen relie 26 millions d'entreprises à 450 millions de consommateurs et génère une production annuelle d'environ 18 000 milliards d'euros (20 400 milliards de dollars). Pourtant, selon des responsables, la persistance de réglementations et de coûts freine encore les échanges et les investissements au sein de l'Union.
« Le contexte mondial actuel exige une volonté politique pour lever définitivement les obstacles qui subsistent. Il est temps de faire fonctionner le marché européen, il est temps de choisir l’Europe », a écrit la Commission dans son document stratégique.
Au cœur de cette proposition se trouve la promesse de supprimer environ 400 millions d'euros de frais administratifs chaque année.
Bruxelles souhaite que les entreprises locales « achètent européen »
Bruxelles souhaite également accélérer les travaux sur les normes communes pour les réseaux énergétiques, les réseaux 5G et les services financiers afin que les entreprises puissent se développer au-delà des frontières avec moins de délais.
L’administration Trump a déjà imposé des droits de douane sur l’acier, l’aluminium et divers autres produits. Ces mesures, conjuguées aux inquiétudes suscitées par la domination américaine dans les technologies de pointe, ont alimenté les appels en Europe à une plus grande autonomie économique.
Stéphane Séjourné, vice-dent exécutif de la Commission chargé de l'industrie et du marché intérieur, a présenté ce plan mercredi. Une mesure clé consiste en une modification des règles des marchés publics qui permettrait aux autorités nationales et locales d'« acheter européen » et d'exclure les soumissionnaires non européens destracstratégiques.
Séjourné a qualifié cette idée de « loi d’achat européen » et a affirmé qu’elle permettrait de concilier ouverture et réalisme. « Il y a une volonté de rester un continent exportateur à l’échelle internationale, tout en faisant preuve de lucidité et de moins de naïveté concernant les secteurs stratégiques », a-t-il déclaré.
Si les gouvernements de l'UE approuvent cette proposition l'année prochaine, ils pourraient refuser les offres d'entreprises étrangères pour des projets du secteur public, allant de la construction de routes aux infrastructures numériques. Les règles actuelles de l'UE et de l'Organisation mondiale du commerce interdisent de privilégier les fournisseurs locaux ; ce changement marquerait donc une rupture majeure avec la politique de libre-échange du bloc.
Les partisans de cette mesure affirment qu'exclure les concurrents proposant des prix plus bas, notamment ceux venant de Chine, permettra de préserver des secteurs clés. Les détracteurs, quant à eux, mettent en garde contre d'éventuelles représailles d'autres pays par le biais de plaintes auprès de l'OMC.
Séjourné, ancien ministre français des Affaires étrangères et proche allié dudent Emmanuel Macron, plaide depuis longtemps pour une plus grande autonomie de l'Europe. Il a qualifié la réforme des marchés publics de « première étape », ajoutant que les autorités examineront ultérieurement les transactions du secteur privé « en tenant compte des enjeux de sécurité et de sûreté économique » afin de déterminer où des garanties supplémentaires pourraient s'avérer nécessaires.
L'indépendance numérique est un autre point central pour l'UE
Les autorités européennes de régulation élaborent des règles spécifiques pour le marché du cloud computing, actuellement dominé par les géants américains Amazon, Microsoft et Google. La nouvelle législation devrait inclure des dispositions favorisant l'achat européen, similaires à celles du texte présenté mercredi.
Séjourné n'a pas précisé les secteurs ciblés, mais a insisté sur l'urgence d'agir partout où le bloc dépend d'une seule source étrangère. « Dans le secteur technologique, nous sommes extrêmementdent des Américains. Pour les matières premières, nous sommes totalementdent des Chinois. Dans le contexte géopolitique actuel, nous ne voulons pas que les générations futures nous reprochent notre inaction », a-t-il déclaré.
Malgré les difficultés, Séjourné entrevoit des opportunités. L'économie de l'UE est en difficulté depuis la pandémie de COVID-19 et le choc énergétique consécutif à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Les entreprises déplorent que les réglementations climatiques strictes fassent grimper les coûts, que les importations chinoises tirent les prix vers le bas et que les droits de douane américains réduisent leurs marges.
Séjourné a toutefois affirmé que l'Europe se trouve dans une position « quasi idéale » car « les Américains restent nos partenaires et les Chinois souhaitent renforcer ce partenariat ». Grâce à une négociation prudente, Séjourné estime que le bloc peut « progresser sur de nombreuses difficultés majeures avec les Chinois dans de nombreux secteurs »

