Une entreprise technologique chinoise se prépare à d'énormes pertes financières après que le gouvernement néerlandais a décidé de prendre le contrôle de ses activités européennes dans le domaine des semi-conducteurs, selon une annonce faite vendredi .
Wingtech Technology, propriétaire du fabricant néerlandais de puces Nexperia, a déclaré s'attendre à des pertes comprises entre 9 et 13,5 milliards de yuans en 2025. Cela représente environ 1,3 milliard de dollars de pertes, un coup dur pour l'entreprise cotée à Shanghai.
Les pertes annulent les gains de profit antérieurs
L'entreprise a indiqué que son contrôle sur Nexperia demeure limité suite à une décision rendue le 7 octobre Chambre des entreprises néerlandaise qui dépend de la Cour d'appel d'Amsterdam. Bien que les autorités néerlandaises aient suspendu leur procédure de prise de contrôle le 19 novembre, les restrictions légales pesant sur les droits de gestion de Wingtech restent en vigueur.
Le gouvernement néerlandais avait initialement invoqué une loi datant de la Guerre froide, la loi sur la disponibilité des marchandises, le 30 septembre, pour prendre le contrôle des activités européennes de Nexperia . En novembre dernier, les autorités ont suspendu cette décision, la qualifiant de « geste de bonne volonté ». Les responsables chinois ont réagi en déclarant que cette mesure constituait un « premier pas dans la bonne direction ».
Dans un communiqué publié vendredi, Wingtech a expliqué qu'elle devra comptabiliser d'importantes pertes d'investissement et déprécier la valeur de ses actifs. « Au cours de la période considérée, la société prévoit de constater des pertes d'investissement et des dépréciations d'actifs importantes, ce qui aura un impact considérable sur ses résultats pour l'exercice 2025 », a-t-elle déclaré.
Les pertes prévues seraient bien plus importantes que celles subies par l'entreprise en 2024, année où elle a enregistré une perte de 2,83 milliards de yuans. Les chiffres de 2025 anéantiraient également une année fructueuse pour Wingtech. Au cours des neuf premiers mois de 2025, l'entreprise avait annoncé un bénéfice net en hausse de 265 % par rapport à la même période de l'année précédente, atteignant 1,51 milliard de yuans. Ces résultats avaient été publiés fin octobre.
À cette époque, Wingtech avait déjà averti les investisseurs que les mesures prises par le gouvernement néerlandais créaient une incertitude quant à la capacité du secteur des semi-conducteurs à maintenir latrondynamique observée au cours des trois premiers trimestres
Une bataille juridique révèle des lacunes dans la coordination
Cette situation souligne l'importance cruciale de l'affaire Nexperia. Les experts juridiques et de sécurité de Lawfare ont indiqué que la décision du gouvernement néerlandais représente une avancée majeure dans la manière dont les pays occidentaux gèrent les chaînes d'approvisionnement en technologies critiques. Si Nexperia ne fabrique pas les puces les plus avancées utilisées en intelligence artificielle, elle joue un rôle prépondérant dans la production de puces dites « fondamentales » ou « héritées ». Ces composants sont essentiels aux automobiles et aux équipements industriels du monde entier, faisant de l'entreprise un acteur clé de la sécurité économique européenne.
Aux Pays-Bas, la bataille juridique porte sur la crainte que le rachat de Nexperia par Wingtech n'entraîne un vol de propriété intellectuelle ou un détournement de fournitures de semi-conducteurs. Selon les experts de Lawfare, les autorités néerlandaises ont eu recours à la loi sur la disponibilité des marchandises (Goods Availability Act) pour garantir que ces semi-conducteurs essentiels restent sous contrôle européen. Cependant, ce conflit juridique a créé un « vide de gouvernance » qui se traduit aujourd'hui par les pertes financières considérables enregistrées par Wingtech.
L'affaire Nexperia révèle également un manque de coordination entre les alliés occidentaux concernant le contrôle des exportations et les règles relatives à la propriété étrangère. Alors que les États-Unis se sont concentrés sur le blocage des ventes de processeurs graphiques haut de gamme à la Chine, l'attention portée par les Pays-Bas à Nexperia témoigne d'une préoccupation croissante pour le maillon intermédiaire de la chaîne d'approvisionnement. Cette approche fragmentée a plongé des entreprises comme Wingtech dans un conflit de réglementations, entraînant la chute brutale de la valeur de leurs actifs, comme en témoignent leurs dernières projections financières.
Le maintien des restrictions imposées par la Chambre de commerce néerlandaise laisse planer l'incertitude sur l'avenir de Nexperia. Cette affaire illustre que même lorsqu'un gouvernement suspend une saisie par mesure de bonne volonté, le préjudice juridique et financier subi par la société mère est souvent irréversible. Pour Wingtech, l'année 2025 restera probablement marquée non pas par ses performances boursières, mais par le conflit persistant entre la prise de contrôle chinoise et les préoccupations sécuritaires européennes.

