Les sombres ombres de la crise financière de 2008 planent encore sur le système financier américain, rappelant brutalement les ravages causés par un endettement et un effet de levier incontrôlés. Aujourd'hui, les turbulences récentes dans le secteur bancaire, notamment la faillite de Silicon Valley Bank, font écho à ce passé. Dès lors, une question se pose : les États-Unis ont-ils tiré les leçons de leurs erreurs financières ?
Malgré les leçons apparemment tirées, le paysage financier américain demeure un champ de bataille où les principes fondamentaux de sécurité restent sujets à débat. L'opposition farouche des banques américaines aux efforts de la Réserve fédérale pour mettre en œuvre les réglementations de Bâle III en est une illustration frappante. On a l'impression de revoir un vieux film : les banques affirment que détenir davantage de capital pour couvrir les risques dent leurs profits et, par conséquent, entravera leurs activités de prêt, malgré les preuves du contraire. Elles soutiennent également que des réglementations plus strictes ne feraient que déplacer le risque vers le secteur bancaire parallèle, moins réglementé. De plus, elles déplorent la complexité des règles proposées, complexité qu'elles ont paradoxalement en partie contribué à créer en exerçant un lobbying intense pour obtenir divers amendements.
Dévoiler la vérité derrière les arguments bancaires
Il est temps de dissiper certains mythes. Le transfert des risques vers le système bancaire parallèle après 2008 ne justifie en rien un laxisme réglementaire dans le secteur bancaire formel. Face à une dette publique et privée qui atteint des niveaux quasi historiques, il est urgent de renforcer le contrôle du système bancaire parallèle. Le américain a besoin d'une amélioration constante des normes réglementaires, et non d'un relâchement de la réglementation.
L'argument le plus insidieux, cependant, est celui selon lequel exiger des banques qu'elles détiennent davantage de capital nuirait aux groupes vulnérables, notamment en affectant l'accès aux prêts hypothécaires pour les minorités. Or, examinons les faits. Une part importante du marché hypothécaire, y compris la plupart des prêts aux minorités, est garantie par l'État et ne serait donc pas concernée par ces nouvelles règles. De plus, ce sont les établissements non bancaires, et non les grandes banques, qui sont les plus actifs dans l'octroi de prêts à ces communautés, même si cela implique des frais plus élevés – une question qui mérite également l'attention des autorités de réglementation.
Naviguer à travers le lobbying financier et les parallèles historiques
Cette situation n'est pas inédite. On peut établir des parallèles historiques, comme les efforts déployés par Walter Wriston, PDG de Citibank, à la fin des années 1970 pour abroger le Règlement Q. Sa coalition, qui comprenait des associations de consommateurs et des groupes de défense des consommateurs, cherchait à aider les petits épargnants. Bien que cette abrogation ait entraîné une hausse des taux de dépôt, elle a également engendré d'importants risques liés aux taux d'intérêt, illustrant ainsi comment la déréglementation financière peut avoir des conséquences imprévues.
Aujourd'hui, on observe un schéma similaire. Les institutions financières excellent dans l'art de construire des discours qui s'inscrivent dans des objectifs sociaux plus larges afin de rallier des soutiens à leurs politiques de déréglementation. Les pressions actuelles exercées sur Michael Barr, vice-président de la supervision de la Réserve fédérale, pour assouplir les règles de fonds propres applicables aux grandes banques, en sont un parfait exemple. Cette convergence d'intérêts entre Wall Street et divers groupes de pression n'est pas seulement astucieuse ; elle relève d'une stratégie redoutable.
Le problème de fond demeure. Depuis les années 1970, le système financier américain s'éloigne de la simplicité et de la prudence, une tendance qui complique les efforts visant à garantir sa stabilité. Paradoxalement, si l'accès facilité au crédit et une réglementation moins stricte peuvent sembler avantageux à court terme, ils ne servent pas, en fin de compte, les intérêts du citoyen américain moyen. Comme l'ont souligné les économistes Amir Sufi et Atif Mian dans leur ouvrage « House of Debt », cette approche finit souvent par profiter au secteur financier au détriment des plus vulnérables.
Le système financier américain a besoin d'un retour aux fondamentaux : une transition vers un cadre plus simple et moins risqué. Il ne s'agit pas nécessairement de revenir à une réglementation des années 1930, mais plutôt d'adopter une approche privilégiant la stabilité financière à la complexité.
Alors que nous nous trouvons à l'aube de nouveaux défis économiques potentiels, il est impératif de tirer les leçons de ces expériences. L'objectif devrait être de bâtir un système financier qui privilégie la simplicité, la transparence et la résilience – des qualités qui semblent s'être perdues dans le labyrinthe de l'ingénierie financière moderne.

