L'action de Nvidia vient de chuter sous un seuil que les investisseurs surveillaient de près depuis des mois. Mardi, le géant mondial des semi-conducteurs a clôturé à 167,22 dollars, passant sous sa moyenne mobile à 50 jours de 171,02 dollars, un niveau qu'il n'avait plus franchi depuis mai.
Cette chute brutale est survenue après quatre jours consécutifs de baisse, faisant fondre la capitalisation boursière de Nvidia de plus de 340 milliards de dollars, selon les données de Bloomberg. Ce repli s'est produit alors que les investisseurs se détournaient des géants de l'IA, et Nvidia se trouve au cœur de ce mouvement de retrait.
Le recul de l'entreprise sur quatre jours s'élève désormais à plus de 7 %, et ce, juste après la publication la semaine dernière de prévisions de revenus décevantes, ce qui soulève de nouveaux doutes quant à la vitesse réelle de croissance du boom de l'IA.
Malgré la forte baisse, Nvidia affiche toujours une hausse de 78 % par rapport à son point bas d'avril, conservant une capitalisation boursière de 4 100 milliards de dollars, devançant toujours Microsoft et ses 3 720 milliards de dollars. Mais cela ne suffit pas à rassurer les investisseurs. Ces derniers craignent désormais que l'engouement ait atteint son apogée, du moins pour le moment.
Les investisseurs considèrent le niveau clé suivant pour Nvidia comme étant celui de 160 $
Buff Dormeier, analyste technique en chef chez Kingsview Partners, a déclaré que la clôture de mardi en dessous de la moyenne mobile à 50 jours est un signe clair de ralentissement. « Cela montre que la dynamique s'est essoufflée et m'inquiète pour l'action à court terme », a-t-il ajouté.
Il surveille désormais le niveau de 160 $ comme prochain support, et si celui-ci cède, il vise les 145 $, le même niveau où Nvidia a rebondi en juin. « Si le cours passe sous les 145 $, je serais très inquiet pour ses perspectives », a ajouté Buff.
La chute des cours n'a pas seulement touché Nvidia. L'ensemble du marché actions a subi des pressions, les investisseurs s'inquiétant des tensions internationales et des valorisations excessives du secteur technologique. Cette conjoncture a facilité la décision des gestionnaires de fonds de se désengager des valeurs technologiques à forte croissance liées à l'IA. Nvidia était une cible naturelle. Malgré des gains récents, le cours de l'action a connu une ascension fulgurante cette année, la rendant vulnérable au moindre facteur négatif.
Et ce déclencheur est survenu très rapidement. Les prévisions de résultats de la semaine dernière n'ont pas suscité la confiance espérée par Wall Street. Les analystes n'ont pas paniqué, mais le ton a defichangé.
Nombreux sont ceux qui prévoient encore une hausse de plus de 25 % sur la base d'objectifs de cours moyens, mais personne ne prétend que la prochaine phase de croissance soit garantie. Comme l'a dit Buff : « Il existe encore des opportunités à long terme, mais il semble que le potentiel de croissance ait atteint son apogée à court et moyen terme. »
La Chine fabrique ses propres puces d'IA tandis que Nvidia subit des pressions des deux côtés
Alors que Nvidia peine à conserver la confiance des investisseurs face à un marché de l'IA en pleine expansion, la Chine déploie des efforts considérables pour son plan AI Plus, qui vise à intégrer l'intelligence artificielle dans la quasi-totalité des secteurs d'activité d'ici 2030. Ce plan repose sur des investissements massifs dans les puces de fabrication locale, la mémoire à large bande passante et le développement d'infrastructures de supercalculateurs à l'échelle nationale.
À la tête de cet effort se trouve Cambricon, un fabricant de puces local qui se présente comme l'alternative chinoise à Nvidia, mais Pékin n'a pas besoin des puces Siyuan de Cambricon pour battre les Blackwell Ultra de Nvidia.
Ce que le pays recherche, c'est une technologie suffisamment performante pour soutenir ses ambitions en matière d'IA sans dépendre de fournisseurs américains. La classe politique ne recherche pas la performance, elle veut le contrôle. Et Cambricon lui offre précisément cela.
Cela place Nvidia dans une situation délicate. L'entreprise est prise en étau entre les restrictions à l'exportation imposées par Washington et la volonté de la Chine d'obtenir son indépendance en matière de semi-conducteurs. Tenter de satisfaire les deux camps se révèle contre-productif.
Nvidia se retrouve désormais à servir deux maîtres sans satisfaire aucun des deux, un problème qui ne fera que s'aggraver à mesure que la guerre technologique et les pressions géopolitiques se poursuivront.

