Pékin a instauré de nouvelles normes d'efficacité énergétique susceptibles d'empêcher les acheteurs chinois d'acquérir les puces H2O de Nvidia, très prisées des consommateurs. Cette mesure met en péril environ 17 milliards de dollars du chiffre d'affaires annuel de Nvidia en Chine si les autorités renforcent les contrôles.
Les responsables de la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR), principal organe de planification économique de la Chine, ont conseillé aux entreprises d'adopter des puces répondant à des normes environnementales élevées pour tous les nouveaux centres de données construits.
Des documents consultés par le Financial Times révèlent que la puce H2O de Nvidia, conçue spécifiquement pour le marché chinois et soumise aux restrictions américaines à l'exportation, ne répond pas aux exigences récentes de la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR). Si Pékin applique ces politiques avec plus de rigueur, les géants technologiques chinois, tels qu'Alibaba, ByteDance et Tencent, ne pourront plus installer de puces H2O dans leurs nouvelles installations.
Malgré les réticences, la demande de H2O en Chine restetron, notamment grâce à l'application encore imparfaite de la réglementation. Selon deux sources proches du dossier, de grandes entreprises continuent d'acheter cette puce depuis des mois. Certaines contournent même les nouvelles normes énergétiques en installant le H2O dans leurs centres de données existants plutôt que dans ceux nouvellement agrandis, afin d'éviter d'éventuelles sanctions.
La répression de la NDRC est néanmoins préoccupante pour Nvidia, qui cherche à programmer une réunion avec le président de la Commission, Zheng Shanjie, pour aborder la question.
L'attention renouvelée de la Chine sur la réduction de la consommation énergétique des centres de données intervient à un moment délicat de la rivalité technologique sino-américaine. Les deux plus grandes économies mondiales se livrent une course effrénée au développement de l'intelligence artificielle avancée, et leurs gouvernements respectifs ont imposé des restrictions limitant l'accès aux équipements de pointe.
Washington a déjà interdit la vente des puces les plus performantes de Nvidia à la Chine, arguant qu'elles pourraient renforcer ses capacités militaires. Cette restriction a conduit à la création du H20, un processeur légèrement moins puissant, autorisé pour les acheteurs chinois après le durcissement des règles d'exportation américaines en octobre 2023.
En Chine, la pression s'accentue sur les grandes entreprises pour qu'elles réduisent leur dépendance aux fabricants de puces étrangers comme Nvidia. Des entreprises nationales telles que Huawei proposent des processeurs plus conformes aux objectifs environnementaux de Pékin, et ce seul facteur pourrait détourner les acheteurs chinois du H2O.
La Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR) chinoise souhaite que les centres de données adoptent des puces plus écologiques produites localement
D'après des sources proches du dossier, la NDRC souhaite que les centres de données locaux adoptent des puces moins énergivores et plus performantes. Le non-respect de cette obligation pourrait entraîner des inspections sur site et des amendes ; c'est pourquoi les grandes entreprises d'Internet préfèrent se tenir à l'écart de toute conséquence réglementaire.
Selon une source interne, Nvidia a exploré des solutions pour adapter sa puce H2O aux exigences environnementales strictes. Cependant, de telles modifications réduiraient inévitablement les performances de la puce, ce qui pourrait dissuader les acheteurs potentiels. Parallèlement, des géants de la technologie comme Alibaba et Tencent, désireux d'exploiter l'IA pour de nouveaux produits, avaient déjà augmenté leurs commandes de puces H2O lorsque l'essor de l'IA de DeepSeek a déferlé sur la Chine. Les acheteurs se sont également empressés de constituer des stocks de puces en prévision d'éventuelles nouvelles interdictions de vente aux États-Unis, des rumeurs circulant selon lesquelles Washington pourrait étendre ses restrictions à la puce H2O.
Outre ces normes d'efficacité énergétique, Nvidia fait l'objet d'une surveillance accrue de la part des autorités chinoises. L'Administration d'État pour la réglementation du marché (SAMR) a ouvert une enquête antitrust en décembre. Selon une source proche du dossier, les autorités cherchent à déterminer si Nvidia avait commencé à refuser des puces à ses clients chinois avant même l'entrée en vigueur de l'embargo américain sur les exportations fin 2022.
La Chine demeure un marché majeur pour Nvidia, représentant 17,1 milliards de dollars de chiffre d'affaires (soit 13 % du total) pour l'exercice 2025, d'après le rapport annuel de l'entreprise. Un recul dans cette région aurait des conséquences financières importantes. Tout en s'efforçant de maintenir de bonnes relations avec Pékin, l'entreprise doit également se conformer aux mesures imposées par les autorités américaines.
Nvidia a publié un communiqué déclarant : « Nos produits offrent une efficacité énergétique et une valeur exceptionnelles sur tous les marchés que nous desservons. Face à l’évolution rapide des technologies, la politique de contrôle des exportations devrait être adaptée afin de permettre aux entreprises américaines de proposer les produits les plus économes en énergie possible, tout en respectant les objectifs de sécurité nationale de l’administration. »
La réglementation de la NDRC ne vise pas seulement Nvidia, mais aussi d'autres fabricants de puces étrangers. Les puces HL328 et HL388 d'Intel contreviennent également aux directives de la commission, même si l'impact devrait être moins important, les ventes de puces d'IA d'Intel en Chine étant relativement limitées.

