Lors de leur réunion des 6 et 7 mai, les responsables de la Réserve fédérale ont averti que l'économie américaine court désormais un risque réel de basculer en récession, car l'inflation reste persistante et les premiers signes de faiblesse commencent à apparaître sur le marché du travail, selon le compte rendu de la réunion publié mercredi par le Comité fédéral de l'open market.
Bien que la banque centrale ait voté pour maintenir les taux d'intérêt inchangés entre 4,25 % et 4,5 %, ses discussions internes ont révélé de profondes inquiétudes quant à l'incertitude croissante et au conflit entre la maîtrise de l'inflation et les objectifs d'emploi.
Les discussions ont montré que les décideurs politiques sont particulièrement inquiets de l'impact des changements de politique commerciale, les nouveaux droits de douane et les tensions persistantes entre Washington et Pékin alimentant encore davantage l'inflation.
La Réserve fédérale a reconnu dans le compte rendu que les effets de ces décisions gouvernementales ne sont pas encore pleinement clairs et que, pour l'instant, la seule mesure sur laquelle elle s'accorde est d'attendre et d'observer. Le compte rendu indique :
« Les participants ont convenu que l’incertitude quant aux perspectives économiques s’était encore accrue, justifiant ainsi une approche prudente jusqu’à ce que les effets économiques nets de l’ensemble des modifications apportées aux politiques gouvernementales soient plus clairs. »
Certains membres ont également mis en garde contre des « choix difficiles » à venir si l’inflation reste élevée tandis que la croissance économique ralentit et que le chômage commence à augmenter.
La Fed maintient sa position alors que Trump accentue la pression sur les taux
Alors même que la Fed a choisi de maintenir ses taux inchangés, ses responsables ont qualifié l'économie de « solide » et ont affirmé que le marché du travail était « globalement équilibré ». Mais cela ne signifie pas qu'ils soient sereins. Ils ont reconnu que les risques s'accroissent de part et d'autre : l'inflation ne diminue pas assez rapidement et les données sur l'emploi pourraient commencer à se détériorer.
Le fait que les consommateurs continuent de dépenser a permis de maintenir une certaine stabilité, mais le ton de la réunion était plutôt prudent quedent.
La Fed a déclaré que sa politique monétaire actuelle restait « modérément restrictive » et a convenu qu'il n'y avait pas d'urgence à agir tant que la situation ne s'éclaircit pas. Mais il est également clair qu'elle peine à concilier ses deux principaux mandats : une faible inflation et le plein emploi.
Le communiqué publié à l'issue de la réunion l'a confirmé, soulignant que l'incertitude croissante quant aux politiques mises en œuvre rendait la réalisation de ces objectifs plus difficile qu'auparavant. Aucune baisse de taux n'interviendra tant que cette incertitude persistera.
Ce message a déjà été relayé sur les marchés, les opérateurs sur les marchés à terme pariant désormais que la Fed ne baissera pas ses taux avant septembre 2025. Cette hésitation ne se limite pas à l'inflation. La Fed prend également en compte les décisions commerciales de Trump, qui ont connu de fortes fluctuations ces dernières semaines.
Quelques jours après la réunion de la Fed, l'administration Trump a assoupli certaines des taxes douanières les plus élevées sur les produits chinois, ouvrant une période de négociation de 90 jours avec Pékin. Cette nouvelle a donné un coup de pouce temporaire aux actions américaines, mais les rendements obligataires ont continué d'augmenter – une situation sur laquelle Trump aurait fait pression auprès de la Fed pour qu'elle s'attaque.
Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a néanmoins clairement indiqué qu'il ne céderait pas aux pressions de la Maison-Blanche. M. Powell, qui a dirigé la Fed durant une période politiquement instable, a déclaré aux journalistes que la Fed ne se laisserait pas influencer par des « ingérences politiques ». Malgré les appels répétés de M. Trump à baisser les taux d'intérêt, la position de M. Powell est restée inchangée.
La stratégie en matière d'inflation fait l'objet d'un nouvel examen
La réunion a également relancé le débat sur le cadre de politique monétaire quinquennal de la Fed, notamment sur son approche en matière de ciblage de l'inflation. En 2020, la Fed a adopté une stratégie dite de ciblage flexible de l'inflation moyenne, autorisant temporairement une inflation supérieure à l'objectif de 2 % dans l'espoir de favoriser une croissance plus inclusive du marché du travail.
Mais certains responsables reconsidèrent désormais ce plan. Le compte rendu indique que ce dispositif présente des « avantages moindres » dans un contexte où les chocs inflationnistes sont plus importants et où les taux d'intérêt ne sont plus fixés à zéro, comme c'était le cas après la crise de 2008.
Pendant la pandémie, la Fed a maintenu des taux bas trop longtemps alors que l'inflation grimpait, ce qui l'a forcée à procéder à des hausses agressives dès la fin de 2021. Cette erreur est encore vive dans les esprits des membres du comité.
Les responsables souhaitent désormais un cadre opérationnel quelles que soient les perturbations économiques à venir. Le compte rendu indique qu'ils visent un système « résistant à une grande variété de contextes économiques », c'est-à-dire un système qui ne flanchera pas face aux imprévus. Ils ont également souligné que l'objectif d'inflation de 2 % est non négociable et qu'il est maintenu.

