La Corée du Sud s'attaque à une pratique économique déloyale appelée « shrinkflation » , où les entreprises réduisent subrepticement la taille des produits tout en maintenant des prix élevés. Dans une mesure audacieuse, le gouvernement exige désormais que les fabricants informent les consommateurs de toute réduction de la taille ou de la quantité des produits de première nécessité, sous peine de lourdes amendes.
Renforcement du contrôle des biens de consommation
La Commission coréenne du commerce équitable (KFTC) a clairement indiqué vendredi dernier que le fait de ne pas informer les consommateurs de la réduction de la quantité de produits constitue une pratique commerciale déloyale. Cette réglementation vise à protéger les consommateurs contre les hausses de prix indirectes, un problème sournois difficile à déceler lorsque l'emballage semble identique mais contient moins de produit.
À compter du mois d'août prochain, les fabricants de produits alimentaires et ménagers, comme le jambon, les nouilles ou le dentifrice, devront annoncer clairement tout changement sur l'emballage ou en ligne pendant au moins trois mois après sa mise en application. En cas de non-respect de cette obligation, l'amende sera de 5 millions de wons (3 700 $) pour une première infraction et de 10 millions de wons pour les récidivistes.
Cette répression n'est pas un phénomène isolé. À l'échelle mondiale, des dirigeants comme ledent américain Joe Biden et le ministre français des Finances Bruno Le Maire ont fustigé cette pratique, la qualifiant de trompeuse et appelant à une plus grande transparence dans l'étiquetage des produits afin d'empêcher les entreprises de répercuter discrètement la hausse des coûts de production sur les consommateurs.
Répercussions économiques et incertitudes futures
Ces mesures s'inscrivent dans un contexte politique et économique tendu. La popularité du dent en berne, pénalisée par la hausse des prix à la consommation, qui a contribué aux récentes défaites électorales de son parti. Plus tôt cette année, M. Yoon a plaidé pour des mesures exceptionnelles afin de contenir l'inflation, notamment en réduisant drastiquement les droits de douane sur les produits alimentaires importés et en injectant 150 milliards de wons dans les subventions alimentaires.
Pourtant, même si l'inflation annuelle montre des signes de ralentissement — passant de 3,1 % en mars à 2,9 % en avril —, le prix des produits frais a grimpé de plus de 19 % par rapport à l'année dernière. Parallèlement, le gouvernement sud-coréen a mis en place des équipes de surveillance quotidienne des prix et publie en ligne des exemples de « shrinkflation » (inflation des prix) afin de responsabiliser les entreprises.
Le modèle de croissance traditionnel de la Corée du Sud, fortement dépendant du secteur manufacturier et des grands conglomérats, est mis à rude épreuve. La Banque de Corée a tiré la sonnette d'alarme, prévenant que les taux de croissance annuels pourraient chuter drastiquement dans les décennies à venir en raison, entre autres facteurs, du vieillissement de la population et du déclin de la productivité.
Les critiques estiment que la réticence de la Corée du Sud à innover au-delà de ses industries traditionnelles et sa dépendance aux technologies développées ailleurs deviennent de plus en plus intenables. Même si de nouveaux secteurs comme l'IA promettent un certain soulagement, les problèmes fondamentaux que sont la diminution de la population active et la vétusté du tissu industriel restent sans solution.

