L'ICMP, un important groupe de l'industrie musicale, a déploré l'utilisation des œuvres d'artistes par les entreprises d'IA, les qualifiant de coupables de violation « délibérée » du droit d'auteur, alors que la bataille entre les entreprises technologiques et le secteur des arts se poursuit.
La Confédération internationale des éditeurs de musique (ICMP), basée à Bruxelles, regroupe les principaux labels discographiques et d'autres professionnels de l'industrie musicale. Leur voix s'ajoute à celles de nombreux autres acteurs du secteur culturel qui ont exprimé leur mécontentement face à l'utilisation, sans autorisation, de leurs œuvres par les entreprises spécialisées en intelligence artificielle pour entraîner leurs systèmes.
L'ICMP accuse des entreprises spécialisées dans l'IA de violation délibérée du droit d'auteur
Le directeur général de l'ICMP, John Phelan, a déclaré à l'AFP que de grandes entreprises technologiques et des sociétés spécialisées dans l'IA étaient impliquées dans ce qu'il a qualifié de « plus grande opération de violation de droits d'auteur jamais vue ». Il a cité OpenAI, Suno, Udio et Mistral parmi les coupables.
L'ICMP a mené une enquête pendant près de deux ans pour déterminer comment les entreprises d'IA générative utilisaient le matériel créé par les créatifs pour s'enrichir.
Ce groupe basé à Bruxelles fait partie des nombreux organismes professionnels qui, à travers les médias d'information et l'édition, ciblent le secteur de l'IA en pleine croissance en raison de son utilisation de contenu sans verser de redevances.
Suno et Udio, qui sont des générateurs de musique basés sur l'IA, peuvent produire tracmorceaux avec des voix, des mélodies et des styles musicaux qui rappellent ceux des artistes originaux tels que les Beatles, Depeche Mode, Mariah Carey et les Beach Boys.
« Ce qui est légal ou illégal dépend de l’utilisation qui est faite des technologies. Cela signifie que les décisions prises par les dirigeants des entreprises ont une importance capitale et doivent être conformes à la loi », a déclaré Phelan à l’AFP.
« Ce que nous constatons, c’est qu’ils se livrent à des violations de droits d’auteur délibérées et à grande échelle commerciale. »
Phelan.
En juin dernier, la Recording Industry Association of America (RIAA), une association professionnelle américaine, a intenté un procès contre Suno et Udio. Cependant, Eleven Music, un autre service de musique généré par intelligence artificielle, fait exception : selon Phelan, la société a signé un accord avec le label Kobalt en août.
Selon l'AFP, les entreprises technologiques invoquent généralement le « droit de citation », une exception au droit d'auteur qui autorise l'utilisation d'œuvres créatives sans autorisation dans certaines circonstances. Les entreprises OpenAI, Google, Mistral, Suno et Udio n'ont pas souhaité commenter la question.
Une étude menée par l'ICMP a révélé que les entreprises spécialisées en intelligence artificielle avaient largement recours au « scraping », une pratique qui consiste à utiliser des programmes appelés « crawlers » pour explorer Internet à la recherche de contenu. Cette étude a été publiée pour la première fois dans le magazine musical Billboard au début du mois.
Selon l'ICMP, ces programmes permettent aux entreprises spécialisées dans l'IA de collecter des paroles de chansons pour leurs modèles, qui les utilisent ensuite pour les recréer sans l'autorisation de l'artiste original.
Les artistes souhaitent une transparence accrue
Pour garantir la transparence, les détenteurs de droits souhaitent une réglementation plus stricte, qui peut être mise en œuvre grâce à la loi européenne sur l'intelligence artificielle.
« Il est essentiel de comprendre l’ampleur de la menace qui pèse sur les auteurs, les compositeurs et les éditeurs », a averti Juliette Metz,dent de l’association française des éditeurs de musique et membre de l’ICMP.
« L’utilisation de musique protégée par le droit d’auteur est interdite sans licence. »
Metz.
La bataille entre les entreprises d'IA et le secteur culturel s'est intensifiée avec la croissance continue de l'IA. Aux États-Unis, Anthropic a accepté de verser au moins 1,5 milliard de dollars à un fonds d'indemnisation destiné aux auteurs, aux ayants droit et aux éditeurs, après avoir porté plainte contre la start-up pour téléchargement illégal de millions de livres afin d'entraîner ses systèmes.
Universal, Warner et Sony, les géants américains de la musique, sont en négociations avec Suno et Udio dans l'espoir de conclure un accord de licence. Cette initiative intervient alors que la musique générée par intelligence artificielle commence déjà à être disponible sur les plateformes de streaming.
Selon l'AFP, la musique générée par l'IA représente 28 % de la musique mise en ligne sur la plateforme musicale française Deezer, et ce chiffre aurait explosé au cours de l'année écoulée.
Une étude menée par la Confédération internationale des sociétés d'auteurs et de compositeurs (CISAC), organisme professionnel représentant plus de cinq millions de créateurs à travers le monde, met en garde contre les conséquences néfastes de la musique générée par l'IA. Selon cette étude, les revenus des artistes pourraient diminuer de 20 % au cours des quatre prochaines années en raison de l'essor de la musique produite par l'IA.
Au Royaume-Uni, des artistes de renom ont également exprimé leurs inquiétudes quant à l'utilisation croissante de leurs œuvres par les entreprises spécialisées en intelligence artificielle. Ils ont appelé le gouvernement à protéger leurs créations contre l'exploitation par l'IA. Cette prise de position fait suite à l'annonce par le gouvernement de son intention d' autoriser les développeurs d'IA à entraîner leurs systèmes sur des livres, des paroles de chansons, des scénarios et des morceaux de musique sans autorisation préalable, une mesure condamnée par les artistes. Le célèbre musicien britannique Elton John a déclaré qu'une telle politique ouvrait la porte au vol de l'œuvre de toute une vie.

