La Réserve fédérale a proposé un nouveau système de marge traitant les cryptomonnaies comme une classe d'actifs à part entière. Cette proposition permettrait de mieux gérer la forte volatilité des prix des cryptomonnaies et d'atténuer certains risques liés aux produits dérivés, pour lesquels les investisseurs empruntent de l'argent et doivent fournir des garanties.
La banque centrale a constaté que les systèmes actuels ne permettent pas de prendre en compte les risques spécifiques aux cryptomonnaies et que de nouvelles règles pourraient contribuer à instaurer un environnement de négociation plus sûr et plus stable. Cette proposition découle d'un document de travail publié mercredi par les chercheurs de la Réserve fédérale Anna Amirdjanova, David Lynch et Anni Zheng.
Ils soulignent que les crypto-actifs doivent être classés séparément lors du calcul des exigences de marge initiale. La marge initiale correspond au montant que les traders doivent déposer avant de conclure des transactions sur produits dérivés. Cette garantie protège les deux parties lorsqu'une d'entre elles ne respecte pas ses obligations.
Le trio s'est intéressé aux marchés de produits dérivés « non compensés », c'est-à-dire aux marchés incluant les transactions de gré à gré. Ces transactions ne passent pas par des chambres de compensation centralisées et sont donc plus risquées, puisqu'aucun organisme ne vérifie la légitimité de l'échange.
Les exigences de marge sont particulièrement cruciales pour la gestion des risques sur ces marchés. Elles sont actuellement déterminées à l'aide du modèle de marge initiale standardisé. Cette approche regroupe les actifs en segments, notamment les taux d'intérêt, les actions, les devises et les matières premières.
Cependant, les auteurs ont constaté que les cryptomonnaies ne correspondaient à aucune de ces catégories. Les actifs cryptographiques diffèrent des investissements traditionnels. Leurs prix fluctuent rapidement et, contrairement aux actions ou aux devises, ils sont influencés par des facteurs supplémentaires.
Par conséquent, les catégories existantes peuvent conduire à une sous-estimation ou à une représentation erronée des risques. Pour remédier à cela, les chercheurs de la Réserve fédérale recommandent d'attribuer des pondérations de risque spécifiques aux crypto-actifs.
Ils préconisent de distinguer les cryptomonnaies « flottantes », dont les prix fluctuent librement, des cryptomonnaies « indexées », ou stablecoins, qui visent à maintenir une valeur stable.
La volatilité des cryptomonnaies accroît les exigences en matière de garanties
argument principal de cette proposition repose sur l'imprévisibilité des cryptomonnaies. La volatilité des prix d'actifs tels que Bitcoin , l'Ether et autres peut être très rapide. Cela accroît le risque que les investisseurs ne puissent pas compenser leurs pertes.
Sur les marchés dérivés, les opérateurs ont tendance à recourir à l'effet de levier pour accroître leurs profits potentiels. Cependant, cela augmente également le risque de perte. Les exigences de marge constituent une protection contre ce risque financier. Lorsque les actifs sont très volatils, les investisseurs doivent déposer davantage de garanties pour réduire le risque de défaut.
Les chercheurs ont proposé la création d'un indice crypto de référence combinant cryptomonnaies à taux de change flottant et stablecoins. Cet indice refléterait non seulement le comportement global des deux classes d'actifs, mais permettrait également à l'ensemble de l'écosystème crypto d'obtenir une approximation précise de la volatilité globale du marché.
Cet indice permettrait aux autorités de réglementation et aux institutions financières de calculer plus précisément les exigences de marge. En tracl'évolution de cet indice combiné, les sociétés financières pourraient alors adapter leurs exigences de garantie aux conditions réelles du marché.
Cela permettrait une gestion des risques plus précise, permettant aux investisseurs et aux institutions de surveiller de plus près si le marché présente un point d'ajustement, protégeant ainsi les opérateurs et les institutions financières des chocs inattendus.
L'idée est que les régulateurs traitent les cryptomonnaies comme une catégorie financière distincte plutôt que de les intégrer aux cadres existants pour les actifs traditionnels.
La Fed signale une évolution plus large vers l'intégration des cryptomonnaies
Ce document de travail témoigne également d'une évolution plus générale dans la perception des cryptomonnaies par les autorités de régulation. Au lieu d'ignorer ou de restreindre leur utilisation, la Réserve fédérale met en place des systèmes permettant de les intégrer en toute sécurité au sein du système financier.
En décembre, la Réserve fédérale a revu ses directives de 2023 qui limitaient l'implication des banques dans les activités liées aux cryptomonnaies. Auparavant, les banques supervisées par la Réserve fédérale étaient soumises à un contrôle plus strict lorsqu'elles traitaient des actifs numériques.
Cette nouvelle approche permettra aux banques et aux entreprises du secteur des cryptomonnaies d'opérer selon des règles plus claires et plus cohérentes. Il sera ainsi plus facile pour les institutions financières de proposer des services liés aux cryptomonnaies tout en maintenant des normes de sécurité élevées.
La Réserve fédérale a également envisagé d'autoriser les entreprises de cryptomonnaies à accéder à des comptes bancaires spécialisés, appelés « comptes maîtres . Ces comptes permettraient à ces entreprises de se connecter directement au système bancaire central, mais avec des privilèges limités par rapport aux comptes bancaires classiques. Cette approche pourrait améliorer la supervision tout en favorisant l'innovation.

