Les responsables européens s'efforcent de constituer un fonds d'investissement colossal qui pourrait aider le continent à conserver ses meilleures entreprises technologiques au lieu de les voir rachetées par des géants américains.
Le projet s'articule autour du Scaleup Europe Fund et attire déjà l'attention de grands acteurs du secteur. Le fonds souverain danois EIFO envisage d'investir, tout comme l'espagnol Criteria Caixa SA et la Fondation Novo Nordisk.
Le fonds vise actuellement un financement initial de 5 milliards d'euros, soit environ 5,8 milliards de dollars américains. Il a déjà obtenu des promesses de financement à hauteur de 3 milliards d'euros et devrait apporter 1 milliard d'euros supplémentaire du Conseil européen de l'innovation, l'accélérateur technologique de l'UE.
Mais ce n'est qu'un début. La Commission européenne souhaite en réalité lever 25 milliards d'euros à terme, selon son porte-parole. C'est un objectif ambitieux qui témoigne de l'importance qu'elle accorde à ce problème.
Une importante réunion se tiendra mardi au cours de laquelle des représentants de la Commission présenteront le projet à d'autres bailleurs de fonds potentiels. La Banque européenne d'investissement sera également présente, même si elle n'a pas encore pris de décision quant à son implication.
L'accent est mis exclusivement sur les opérations d'investissement, notamment celles d'une valeur supérieure à 100 millions d'euros.
L'Europe continue de perdre ses meilleures entreprises technologiques
L'an dernier, Advanced Micro Devices (AMD) a racheté le laboratoire finlandais d'IA Silo AI pour 665 millions de dollars. Apple avait déjà acquis la société française d'IA Datakalab en 2023. Ce type d'acquisitions inquiète les responsables européens.
Ce fonds arrive à point nommé, alors que l'UE aspire à une plus grande indépendance face aux conflits commerciaux qui opposent les États-Unis et la Chine. Elle en a assez d'être prise en étau.
Toute entreprise bénéficiant de ce financement devra maintenir son siège social et ses principales activités en Europe. Les fonds cibleront ce que les autorités qualifient de « technologies stratégiques et habilitantes », telles que la robotique, les matériaux avancés, les énergies propres et les biotechnologies. Un gestionnaire externe sera désigné d'ici janvier 2026 pour assurer la gestion de l'ensemble du dispositif.
Selon Cryptopolitan, l'Europe s'est déjà lancée dans une course effrénée pour développer une IA souveraine, avec des milliards d'euros promis à des entreprises nationales spécialisées dans l'IA.
Les experts du secteur doutent que le fonds soit suffisamment important
Depuis des années, les entrepreneurs européens se plaignent d'un manque de financement au moment même où leurs entreprises cherchent à se développer. C'est souvent à ce moment-là que les fondateurs sont confrontés à un choix difficile : vendre leur entreprise, s'installer dans la Silicon Valley ou assister à sa disparition.
Andreas Schwarzenbrunner, de la société de capital-risque Speedinvest GmbH, estime que le fonds va dans la bonne direction, mais il doute de son envergure. « Le Scale-Up Fund est un bon premier pas, mais soyons réalistes quant à son échelle », a-t-il déclaré. « Si l'engagement de 3 milliards d'euros est un signal positif, même 5 milliards d'euros restent dérisoires au regard de ce qui se passe à l'échelle mondiale. »
Il estime que l'Europe doit investir beaucoup plus si elle veut rester compétitive. « Si l'IA, l'informatique quantique et d'autres technologies clés defila compétitivité future de l'Europe, nous devons investir dix fois plus et l'UE doit jouer un rôle beaucoup plus important », a expliqué Schwarzenbrunner.
Ce fonds représente la dernière tentative du vieux continent pour enrayer l'exode des talents technologiques vers les autres continents.

