Klaas Knot, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE et gouverneur de la banque centrale néerlandaise, a plaidé pour une plus grande flexibilité dans l'approche de la BCE en matière de taux d'intérêt, alors que la zone euro est confrontée à une croissance économique atone.
S'exprimant à Washington, M. Knot a plaidé pour le maintien de « toutes les options ouvertes », affirmant que la banque centrale doit pouvoir réagir à toute évolution de l'économie. Il a décrit la situation actuelle comme étant extrêmement incertaine, rendant indispensable le rôle de la BCE comme « rempart » contre les risques potentiels pesant sur la croissance et l'inflation.
M. Knot s'est exprimé lors d'une conférence organisée par le G30, un influent groupe de réflexion réunissant d'anciens responsables politiques et des experts financiers. Il a souligné que les risques d'inflation semblent plus équilibrés qu'auparavant, mais a averti que la BCE doit se tenir prête à réagir en cas de changement de conjoncture.
Malgré des signes récents de ralentissement de l'inflation plus rapide que prévu, Knot a souligné que des risques persistent. « À court terme, compte tenu de la baisse inattendue de l'inflation globale et de l'inflation sous-jacente au troisième trimestre, nous pourrions observer une diminution de l'inflation plus rapide que prévu », a-t-il ajouté.
Divergences de vues sur les prochaines décisions de la BCE
La BCE a récemment abaissé ses taux d'intérêt à deux reprises consécutives, une première depuis 2011. Cette décision a suscité un débat ouvert parmi les décideurs politiques quant à l'opportunité de procéder à des baisses plus importantes ou d'adopter une approche prudente.
D'un côté, des voix s'élèvent pour inciter la BCE à agir avec plus de vigueur, en abaissant davantage ses taux. De l'autre, des membres plus conservateurs appellent à la patience, avertissant que des baisses drastiques pourraient engendrer un contrecoup économique.
Ledent de la Bundesbank, Joachim Nagel, s'exprimant séparément à Washington, a souligné la nécessité de la prudence. Il a indiqué que les données économiques à venir orienteront les décisions de la BCE en décembre. Économistes et investisseurs suivent de près ces indicateurs, car les signes de stagnation économique dans la zone euro accentuent la pression sur la BCE.
Selon Knot, le risque d'une faible croissance se profile, accentué par la faiblesse de la croissance intérieure dans la zone euro. Il a qualifié cette performance décevante de « légèrement déconcertante », compte tenu d'autres indicateurs laissant présager un atterrissage en douceur. « Nous n'anticipons pas de récession dans la zone euro », a déclaré Knot, même si certains signes de ralentissement économique commencent à apparaître.
Anticipations d'inflation et préoccupations salariales
En septembre, l'inflation dans la zone euro est passée sous la barre des 2 % fixés par la BCE pour la première fois depuis 2021. Si une légère hausse de l'inflation est attendue dans les prochains mois, les responsables estiment qu'elle sera moins importante que prévu initialement.
Nombreux sont ceux qui anticipent désormais que l'objectif de la BCE pourrait être atteint durablement dès le début de l'année prochaine, au lieu de 2025 comme initialement prévu. M. Knot s'est dit optimiste quant à cette issue, tout en ajoutant que les indicateurs économiques restent mitigés.
Ces derniers mois, l'activité du secteur privé dans la zone euro a continué de se contracter, octobre marquant le deuxième mois consécutif de repli. Cette tendance ne montre aucun signe d'amélioration à court terme. Les consommateurs, cependant, sont de plus en plus optimistes quant à un ralentissement de l'inflation.
Une récente enquête de la BCE a révélé que les consommateurs de la zone euro s'attendent à une hausse des prix de 2,4 % au cours de l'année à venir, contre 2,7 % en août, soit le niveau le plus bas depuis 2021.
Sur une période plus longue, les anticipations d'inflation pour 2027 ont chuté à 2,1 %, contre 2,3 % précédemment, soit le niveau le plus bas depuis février 2022.
Les responsables de la politique monétaire de la BCE restent préoccupés par le fait que la hausse des salaires dans le secteur des services, à forte intensité de main-d'œuvre, pourrait inciter les entreprises à augmenter leurs prix, risquant ainsi de provoquer une nouvelle flambée inflationniste.
Bien que l'inflation globale ait diminué, Philip Lane, économiste en chef de la BCE, a indiqué jeudi que la croissance des salaires pourrait ralentir à mesure que l'inflation se stabilise. « La volonté de rattraper le retard dans les négociations salariales perd de son importance avec la normalisation de l'inflation », a-t-il souligné.
L'exercice d'équilibriste
Les récentes baisses de taux d'intérêt de la BCE témoignent de sa volonté de trouver un équilibre entre la maîtrise de l'inflation et le soutien à la croissance. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a expliqué que des risques existent désormais de part et d'autre de l'objectif d'inflation de 2 % fixé par la BCE.
Face aux risques d'inflation tout aussi susceptibles de ne pas atteindre ou de dépasser l'objectif, il a fait valoir que la BCE devrait continuer à assouplir sa politique monétaire.
La BCE a déjà abaissé son taux directeur à trois reprises depuis juin, à chaque fois d'un quart de point de pourcentage. Mais Villeroy a laissé entendre que des baisses plus importantes pourraient être envisagées si la conjoncture économique le justifiait.
« Nous devons continuer à assouplir notre politique monétaire selon les besoins », a-t-il déclaré. Il a évoqué la faiblesse des investissements privés et la morosité de la consommation, en partie dues à une récente hausse de l'épargne des ménages, comme autant de justifications supplémentaires à la trajectoire actuelle de baisse des taux de la BCE.
Villeroy a laissé entendre que la banque centrale « conserverait toute sa marge de manœuvre » à l’avenir, laissant présager une possible flexibilité dans ses futures décisions en matière de taux.
Reportage complémentaire de Noor Bazmi

