Le taux de chômage au Canada a atteint 7,1 % en août, son plus haut niveau en plus de neuf ans en dehors de la pandémie, ce qui accentue la pression sur la Banque du Canada pour qu'elle procède à une baisse des taux d'intérêt plus tard ce mois-ci.
Statistique Canada a annoncé vendredi que l'économie a perdu 66 000 emplois en août, principalement des emplois à temps partiel. Les services professionnels et techniques ont enregistré les plus fortes baisses, tandis que les secteurs sensibles aux échanges commerciaux, comme le transport, l'entreposage et la fabrication, ont également connu d'importantes pertes d'emplois.
Les économistes revoient à la hausse les chances d'une baisse des taux
Selon Andrew Grantham, économiste principal chez CIBC, les dernières données montrent que la faiblesse du marché du travail ne se limite plus aux secteurs touchés par les droits de douane américains. « Le rapport sur l’emploi, plus faible que prévu, a incité les marchés financiers à anticiper une plus grande probabilité de baisse des taux d’intérêt en septembre, ce qui a entraîné une diminution des rendements obligataires », a-t-il expliqué à ses clients.
La prochaine décision de politique monétaire de la Banque du Canada est prévue pour le 17 septembre. La banque centrale a maintenu son taux directeur à 2,75 % lors de ses trois dernières réunions, invoquant l'incertitude liée aux échanges commerciaux et une inflation persistante. Toutefois, le rapport sur l'emploi vient s'ajouter aux données de la semaine dernière qui indiquaient unetracdu PIB de 1,6 % en rythme annuel au deuxième trimestre, avec seulement une légère reprise de 0,1 % prévue pour juillet.
Le mois d'août a marqué un deuxième mois consécutif de pertes d'emplois, après une baisse de 41 000 postes en juillet. Le nombre de chômeurs a augmenté de 34 000, portant le taux de chômage à 1 %, contre 0,9 % un an plus tôt. L'économiste en chef de BMO, Douglas Porter, a souligné que l'économie a perdu 38 500 emplois depuis le début de la guerre commerciale en janvier, dont 58 100 dans le secteur manufacturier.
Les pressions inflationnistes façonnent les perspectives politiques
L’inflation pourrait être le facteur déterminant. L’indice des prix à la consommation a progressé de 1,7 % en juillet, même si les mesures de base sont restées élevées, avec une moyenne sur trois mois de l’IPC corrigé et de l’IPC médian à 2,4 %. L’économiste de RBC, Claire Fan, a déclaré que le rapport sur l’inflation d’août, attendu la veille de la décision sur les taux, aura un poids considérable dans l’orientation de la politique monétaire.
Parallèlement, le taux d'emploi au Canada a reculé de 0,2 point pour s'établir à 60,5 % en août, tandis que la croissance annuelle des salaires a ralenti à 3,2 %. Le chômage des jeunes s'établissait à 14,5 %, et le chômagedent d'été à 17,9 %, un niveau jamais atteint depuis 2009.
À l'échelle régionale, le taux de chômage en Alberta a atteint 8,4 %, tandis qu'en Colombie-Britannique, il s'est établi à 6,2 %. Windsor (11,1 %), Oshawa (9 %) et Toronto (8,9 %) sont demeurés les villes les plus durement touchées.
Les États-Unis s'apprêtent à rouvrir les négociations de l'ACEUM sur fond de tensions tarifaires
Par ailleurs, les États-Unis se préparent à lancer des négociations en vue de renégocier leur plus important accord de libre-échange, l'Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC).
Le Bureau du représentant américain au commerce devrait lancer des consultations publiques sur la révision de l'accord dans le courant du mois prochain, une étape requise d'ici le 4 octobre en vertu de la loi de mise en œuvre de 2020. Selon des sources proches du dossier, une demande de commentaires auprès des entreprises et des syndicats pourrait être formulée dès cette semaine. Cependant, l'équipe de Trump avait précédemment annoncé une publication imminente avant de la reporter.
L'ouverture des consultations constituera le premier acte officiel d'un processus qui devrait durer un mois et qui vise à renégocier l'accord signé par Trump en 2020, lequel prévoit un examen obligatoire tous les six ans. Après une consultation publique, l'administration devra organiser au moins une audition publique et informer le Congrès sur l'accord en janvier 2026, avant la tenue de la première réunion trilatérale officielle d'examen de l'ACEUM au plus tard le 1er juillet 2026.
L'ACEUM a été présenté comme une réalisation commerciale phare du premier mandat de Trump, remplaçant l'Accord de libre-échange nord-américain de 1992, qu'il avait critiqué pendant sa campagne électorale pour avoir délocalisé des usines et des emplois américains vers d'autres pays, notamment le Mexique.
Pourtant, durant son second mandat, Trump a fragilisé l'ACEUM en imposant – puis en réduisant – des droits de douane élevés sur les produits canadiens et mexicains, arguant qu'ils étaient justifiés par le trafic de drogue transitant par ces deux pays. Il avait initialement instauré un droit de douane de 25 % peu après son entrée en fonction, avant d'exempter les marchandises conformes aux règles de l'accord. Selon un rapport de janvier, ces droits de douane visaient également à renforcer la position des États-Unis lors des renégociations et à accélérer les discussions.

