La balance commerciale du Canada s'est effondrée. En août, le pays a enregistré un deficommercial de 4,5 milliards de dollars, le deuxième plus important jamais enregistré.
La situation n'a jamais été pire qu'en avril dernier. Cette fois-ci, la faute incombe entièrement à l'or, ou plus précisément à une double peine : la chute des exportations d'or et la hausse des importations de ce même métal précieux.
Selon les données publiées mardi par Statistique Canada, le déficit d'août s'est creusé par rapport au déficit déjà alarmant de 2,7 milliards de dollars enregistré en juillet, qui avait été discrètement révisé à la hausse.
Ce dernier écart était plus important que prévu par tous les économistes interrogés par Bloomberg. Il était de loin supérieur à la moyenne. La cause ? Encore l’or . Les exportations d’or brut ont chuté de 11,8 %, tandis que les importations de ce métal étaient si élevées qu’elles ont à elles seules masqué une baisse de 1 % des importations totales.
Les exportations vers les États-Unis sont affectées par la distorsion des données commerciales due à la présence d'or
Les exportations totales du Canada ont chuté de 3 % en août, mettant fin à quatre mois de croissance. Ce repli a touché huit des onze principaux secteurs, entraînant une baisse générale . Les importations, quant à elles, ont progressé de 0,9 %, mais uniquement grâce à la hausse des prix de l'or. Sans cette intervention, elles auraient également reculé.
Les exportations vers les États-Unis, principal partenaire commercial du Canada, ont également diminué. Elles ont chuté de 3,4 %, notamment en raison de la baisse des exportations d'or. L'excédent commercial de biens avec les États-Unis s'est ainsi établi à 4,6 milliards de dollars, comparativement à 5,3 milliards en juillet.
L'année a été marquée par une évolution chaotique. Les exportations ont bondi début 2025, les entreprises s'empressant d'expédier leurs marchandises avant l'entrée en vigueur des droits de douane attendus de Washington. Mais dès que ces droits sont entrés en vigueur au deuxième trimestre, les expéditions se sont effondrées. Malgré ces fluctuations, les exportations enregistrées depuis le début de l'année affichent tout de même une hausse de 0,3 % par rapport à la même période en 2024.
Du point de vue des volumes, les exportations ont reculé de 2,8 % et les importations de 0,3 % en août. Ainsi, même en neutralisant les variations de prix, la circulation des marchandises a nettement ralenti.
Carney rencontre Trump alors que l'économie est aux prises avec les droits de douane
Ce chaos commercial ne pouvait pas tomber plus mal. Le Premier ministre Mark Carney doit rencontrer ledent Donald Trump à Washington mardi pour discuter des droits de douane et des guerres commerciales. Et il faut bien le dire, l'enjeu est de taille.
Le taux de chômage au Canada s'élève à 7,1 %, son plus haut niveau depuis près de dix ans, soit un demi-point de pourcentage de plus qu'en début d'année. L'économie ralentit. Les tarifs douaniers imposés par Trump sur les automobiles, l'acier et l'aluminium, trois secteurs d'exportation majeurs pour le Canada , contribuent à ce ralentissement. On parle maintenant d'imposer de nouveaux droits de douane sur le bois résineux et le bois d'œuvre, ce qui porterait un autre coup dur. Ces produits figurent parmi les plus importants produits canadiens importés aux États-Unis.
Inu Manak, chercheur principal au Council on Foreign Relations, a déclaré : « Un entretien en face à face avec Trump est déterminant. » Carney doit profiter de cette rencontre pour faire pression. L’opinion publique est tendue. Un récent sondage Abacus Data mené auprès de 1 500 Canadiens a révélé que la population est plus inquiète que jamais concernant l’inflation et l’économie .
« Le gouvernement (canadien) doit impérativement se détacher de l’obsession de Trump et de l’opposition à Trump et réfléchir plutôt à ce qu’il peut faire pour améliorer le quotidien des Canadiens », a déclaré Manak.
Jeffrey Schott, chercheur principal au Peterson Institute for International Economics, a ajouté que les droits de douane américains peuvent encore entraîner une hausse des prix au Canada, car de nombreux biens sont fabriqués à partir de matières premières qui traversent la frontière à plusieurs reprises. C’est pourquoi Carney souhaite des exemptions sectorielles, dans l’espoir d’atténuer l’impact et de protéger les revenus.

