Le secteur bancaire européen, souvent éclipsé par son homologue américain plus flamboyant, se trouve à la croisée des chemins. Alors que nous nous penchons sur les perspectives d'un redressement du secteur bancaire européen, il apparaît clairement qu'il ne s'agit pas seulement d'une question financière : c'est une histoire de résilience, de stratégie et, peut-être, d'un espoir teinté d'optimisme. Les géants comme UBS, Deutsche Bank et Barclays, autrefois considérés comme les outsiders de la scène bancaire mondiale, pourraient bien être en train de se préparer à faire mentir les sceptiques.
L'ancien PDG de Morgan Stanley, James Gorman, dans un élan d'optimisme inattendu, a laissé entrevoir un avenir plus prometteur pour ces institutions européennes. La question qui se pose désormais est la suivante : allons-nous assister à une renaissance du secteur bancaire européen, ou cet optimisme n'est-il qu'un vœu pieux ?
La réalité du terrain : un paysage économique difficile pour l'Europe
Malgré les propos encourageants de Gorman, le secteur bancaire européen est confronté à un contexte économique complexe. L'économie européenne n'est actuellement pas des plus dynamiques, les marges d'intérêt nettes ayant atteint leur niveau maximal. La Banque centrale européenne et la Banque d'Angleterre devraient abaisser leurs taux d'intérêt courant 2024. Par ailleurs, la menace d'une hausse des créances douteuses plane, risquant de déstabiliser la santé financière des emprunteurs, tant entreprises que particuliers.
Cependant, une lueur d'espoir se dessine : la valorisation potentiellement plus élevée des banques en Europe, grâce à un facteur technique – une nouvelle vague de distribution de capital aux actionnaires. Après une décennie de performances supérieures des banques américaines à celles de leurs homologues européennes en matière de taux de distribution, l'Europe rattrape enfin son retard. Depuis 2021, les banques européennes distribuent des dividendes et procèdent à des rachats d'actions à un rythme impressionnant, avec un taux de distribution qui pourrait se stabiliser autour de 80 %, dépassant ainsi la norme historique d'environ 40 %.
Des résultatstronsolides et l'approbation des autorités de régulation ont propulsé les dividendes et les rachats d'actions des banques européennes à des niveaux records, atteignant 121 milliards d'euros en 2023 contre 90 milliards en 2021. Ce changement est significatif, compte tenu de la préférence traditionnelle des Européens pour les dividendes plutôt que les rachats d'actions. Cependant, la situation évolue et les régulateurs européens sont désormais plus ouverts à un assouplissement des exigences en fonds propres, notamment après avoir constaté la résilience des banques de la zone euro et du Royaume-Uni début 2023.
Le retournement de situation potentiel : une lueur d'espoir
Dans ce contexte d'optimisme prudent, certaines banques européennes s'apprêtent à créer la surprise. UBS, par exemple, devrait enregistrer une forte hausse de ses distributions suite à l'acquisition du Crédit Suisse. De même, UniCredit, après une impressionnante reprise de son cours de bourse l'an dernier, entend poursuivre ses efforts d'optimisation. D'autres banques comme ING, HSBC, Lloyds et les principales banques irlandaises pourraient suivre le mouvement et procéder à des distributions substantielles.
Mais pour que cette dynamique se confirme, le secteur bancaire européen a besoin de bien plus que quelques investissements originaux. Il lui faut la confiance des gestionnaires d'actifs américains traditionnels, restés prudents en raison d'années de sous-performance et de surprises politiques en Europe. À l'aube de 2024, ces banques européennes, qui affichent déjà de meilleures performances que Morgan Stanley depuis le début de l'année, ont l'opportunité de pérenniser cette tendance et de répondre aux attentes des analystes.
Parallèlement, ladent de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, dresse un tableau plutôt sombre pour 2024, ne prévoyant pas de retour à la « normalité » économique. Lors d'une table ronde au Forum économique mondial de Davos, elle a souligné les défis et la normalisation progressive de la consommation, du commerce et de l'inflation après la pandémie. Elle a toutefois laissé entendre qu'un avenir incertain s'annonçait, bien différent de la normalité que nous connaissons.
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) prévoit une hausse de 3,3 % des échanges commerciaux en 2024, ce qui laisse entrevoir une lueur d’espoir. Toutefois, les incertitudes, qu’il s’agisse des conflits géopolitiques ou des perturbations des routes commerciales mondiales, rendent l’avenir incertain.
Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, évoque une « nouvelle normalité », en revenant sur les mutations structurelles et les défis auxquels est confrontée la première économie européenne. L'Allemagne ayant frôlé la récession technique en 2023, la voie de la reprise est semée d'embûches.
Malgré un contexte économique difficile, le secteur bancaire européen montre des signes de reprise. Grâce à une meilleure rentabilité des capitaux investis, à des évolutions réglementaires et à des performances solides, ces banques pourraient bien réaliser la prédiction de Gorman. Toutefois, un simple optimisme ne suffira pas à surmonter les incertitudes et à reconquérir une place de choix sur la scène financière mondiale. À mesure que cette situation évolue, une chose est claire : le secteur bancaire européen n’a pas encore dit son dernier mot.

