Hyperliquid est la dernière chose dont Polymarket avait besoin en ce moment. Cette plateforme d'échange décentralisée, déjà l'une des plus actives au monde en matière de trading de cryptomonnaies, teste publiquement un projet visant à se lancer sur les marchés de prédiction. Ce projet, baptisé HIP-4, permettra, s'il est mis en œuvre, aux traders de placer des paris binaires sur des événements du monde réel, des élections, des événements macroéconomiques ou encore les cours des cryptomonnaies, directement depuis leur compte sur marge habituel pour les contrats à terme perpétuels. Plus besoin de changer de plateforme ni de transférer de fonds.
C'est plus important qu'il n'y paraît.
Kalshi est déjà dans la pièce
Voici le hic : HIP-4 n'a pas été développé uniquement par Hyperliquid. John Wang, responsable crypto chez Kalshi, a co-rédigé la proposition, et les deux entreprises ont officialisé un partenariat en mars dernier pour concrétiser ensemble des marchés de prédiction on-chain. C'est précisément ce partenariat qui explique pourquoi Polymarket est le plus vulnérable : Kalshi n'a pas seulement échoué à empêcher un concurrent d'entrer sur le marché, mais lui a carrément fourni une feuille de route.
Kalshi et Polymarket ont tous deux accéléré le rythme. Le 21 avril, ils ont annoncé à quelques heures d'intervalle leur intention de lancer des contrats à terme perpétuels sur cryptomonnaies. Communiqués de presse simultanés, même produit, même jour : c'était le signe le plus clair à ce jour que ces deux plateformes se livrent désormais une véritable guerre pour le marché. Mais le développement d'Hyperliquid apporte une toute autre dimension : un troisième acteur doté d'une infrastructure solide, d'une base d'utilisateurs en pleine croissance et, désormais, d'un partenaire réglementé en la personne de Kalshi.
Les capitaux en jeu rendent la concurrence féroce. Kalshi a levé 1 milliard de dollars en mars, pour une valorisation de 22 milliards de dollars. Polymarket serait en train de lever 400 millions de dollars, pour une valorisation de 15 milliards de dollars. Ce ne sont plus de simples start-ups. Les deux plateformes sont désormais fortement capitalisées et s'efforcent de defià grande échelle les contours du marché des prédictions.
Le problème de chevauchement des utilisateurs
Les données qui devraient le plus inquiéter Polymarket sont les suivantes : le chercheur Fleck, spécialiste de la blockchain, a constaté que 3,3 % des utilisateurs de Polymarket sont déjà actifs sur Hyperliquid. Ce segment d'utilisateurs génère environ 12 % du volume total de Polymarket. Il s'agit des gros investisseurs. HIP-4 leur donne une raison claire de cesser de disperser leurs activités sur deux plateformes et de tout centraliser sur un seul compte marge Hyperliquid.
Perdre 3,3 % de ses utilisateurs ne semble pas catastrophique jusqu'à ce que l'on réalise que ce groupe représente plus d'un dixième du volume total.
Les questions ouvertes
Hyperliquid présente des limitations structurelles importantes. La plateforme restreint l'accès aux utilisateurs américains et fonctionne avec une équipe réduite, une configuration très différente de celle de Polymarket, qui emploie du personnel interne pour la curation des marchés et la gestion des litiges, tout en centralisant les résolutions via l'oracle optimiste d'UMA. Reproduire ce niveau de supervision à grande échelle sans gonfler l'équipe ni compromettre la qualité ne sera pas chose aisée.
HIP-4 n'a pas non plus confirmé de date de lancement pour son réseau principal ni finalisé son infrastructure d'oracles, ce qui signifie que la véritable menace concurrentielle ne se concrétisera que dans plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Bob Diamond, ancien PDG de Barclays et président d'Hyperliquid Strategies Inc., société cotée au Nasdaq sous le symbole PURR, a déposé un formulaire S-1 afin de lever jusqu'à un milliard de dollars supplémentaires ; le financement du projet n'est donc pas un obstacle.
Durant la guerre contre l'Iran en début d'année, lestracpétroliers sur Hyperliquid ont dépassé le milliard de dollars de volume journalier alors que les marchés traditionnels des matières premières étaient fermés. La plateforme a déjà prouvé sa capacité à gérer les tensions. La véritable question est de savoir si elle pourra gérer simultanément la complexité des marchés de prédiction.
Polymarket et Kalshi ont passé l'année dernière à démontrer que les marchés de prédiction pouvaient être de qualité institutionnelle. Il leur faut maintenant prouver qu'ils peuvent consolider leur position.

