Les actions des pays du Golfe ont chuté dimanche, les investisseurs réagissant aux mauvais résultats des entreprises et aux nouvelles pressions économiques en provenance des États-Unis, selon les données de Reuters.
Tous les principaux indices du Golfe, à l'exception de l'Égypte, ont clôturé en baisse. L'Arabie saoudite et le Qatar ont enregistré les plus fortes baisses, tandis que l'Égypte a été le seul pays à progresser.
La vente massive d'actions a été provoquée par une combinaison de résultats trimestriels décevants des principales entreprises du Golfe et d'un sentiment croissant d'incertitude venant de Washington, alors que ledent Donald Trump a mis en place une nouvelle série de droits de douane à l'importation.
De retour à la Maison-Blanche, Trump a signé jeudi un décret imposant des droits de douane de 10 % à 41 % sur les marchandises provenant des pays n'ayant pas respecté l'échéance du 1er août fixée pour les accords commerciaux. Cette mesure a ébranlé la confiance des investisseurs dans toute la région.
Ce contexte, marqué par la faiblesse des chiffres de l'emploi aux États-Unis, a alimenté les inquiétudes quant à la prochaine décision de la Réserve fédérale. Ensemble, ces facteurs ont créé un climat délétère qui ne laisse aucune place à l'optimisme des marchés.
Saudi Aramco, SABIC et Jabal Omar provoquent des ventes massives d'actions
L'indice principal saoudien a reculé de 0,8 %, pénalisé par la baisse de 1,2 % enregistrée par Saudi Aramco à quelques jours de la publication de ses résultats financiers, prévue mardi. Aramco n'était pas la seule entreprise touchée.
Jabal Omar Development, société qui gère des hôtels et des propriétés à proximité de la Grande Mosquée de La Mecque, a vu son cours chuter de 5,4 % après avoir enregistré une perte au deuxième trimestre. L'entreprise a imputé ce repli à la baisse des revenus hôteliers et à une charge de dépréciation d'actifs de 106 millions de riyals qui a réduit son bénéfice brut.
La situation ne s'est pas arrêtée là. Saudi Basic Industries Corp (SABIC), détenue à 70 % par Aramco, a annoncé une perte au deuxième trimestre, son cours ayant chuté de 1,2 %. SABIC a expliqué ce résultat négatif par une dépréciation d'actifs et des provisions s'élevant à 3,78 milliards de riyals, liées à la fermeture d'une unité de craquage au Royaume-Uni.
Cette fermeture s'inscrivait dans le cadre d'un examen plus large de ses activités visant à réduire les coûts et à maintenir sa rentabilité dans un environnement plus difficile.
La plus forte baisse a été enregistrée par Saudi Aramco Base Oil Co, dont le cours a chuté de 10 %, sa pire journée depuis son introduction en bourse en décembre 2022. Cette perte fait suite à la publication par la société d'une baisse de 18 % de ses bénéfices trimestriels, ne laissant aucune place au doute aux investisseurs.
Les droits de douane redessinent le paysage commercial mondial, l'indice du Qatar chute, celui de l'Égypte progresse
L'indice du Qatar a également reculé de 0,8 %, pénalisé par la baisse de 1,8 % de Qatar Islamic Bank. Les investisseurs n'ont manifesté aucun intérêt pour le maintien de leurs positions, les résultats étant décevants et aucun signe d'amélioration de la conjoncture mondiale n'étant perceptible.
Bien que le Qatar n'ait pas encore été directement touché par les droits de douane de Trump, la région dans son ensemble réagit à ce changement de politique commerciale mondiale.
Alors que les pays du Golfe étaient en difficulté, l'indice vedette égyptien a progressé de 0,2 %, grâce à la hausse de 3,2 % du titre Eastern Company, le producteur de tabac public. Ce fut le seul secteur de la région à offrir aux investisseurs un point d'ancrage dans un contexte de morosité générale.
Parallèlement, les prix du pétrole, qui donnent le ton aux marchés du Golfe, ont chuté de 2 dollars le baril vendredi. Les investisseurs se sont retirés suite à la propagation de rumeurs concernant une augmentation de la production de l'OPEP et de ses alliés.
Ces rumeurs se sont confirmées dimanche lorsque huit pays de l'OPEP+ ont convenu d'augmenter leur production de 548 000 barils par jour en septembre, a rapporté Reuters lors de la réunion.
Face au durcissement des règles commerciales américaines, les entreprises s'adaptent déjà. Le directeur financier d'Hydro, Tron d'Olaf Christophersen, a déclaré à CNBC : « Nous sommes préoccupés par la compétitivité de l'aluminium par rapport aux autres matériaux. »
Il a ajouté que les coûts des droits de douane américains sont répercutés sur les clients, mais que le problème à long terme est que « certains clients du secteur de l'emballage testent déjà des alternatives à l'acier et au plastique ».
Les dirigeants d'entreprises de tous les secteurs, du chocolat aux télécommunications en passant par la banque et l'énergie, revoient leurs stratégies. Le modèle traditionnel du « juste-à-temps » est obsolète. Désormais, il s'agit de rapprocher les produits des consommateurs, de demander des exemptions tarifaires et d'anticiper l'évolution des habitudes de consommation.
Les droits de douane ne sont plus un détail. Ils constituent désormais un élément majeur de la gestion des risques pour les entreprises. Et les pays du Golfe, pris en étau entre les déceptions liées aux résultats financiers et les conflits commerciaux internationaux, en subissent de plein fouet les conséquences.

