Installez-vous confortablement, les amis. J'ai bien peur d'avoir de terribles nouvelles. Nos banques centrales, ces institutions qui maintiennent l'économie mondiale à peu près stable, montrent des signes annonciateurs d'une catastrophe imminente. Fini le temps où les tendances mondiales dictaient les prix. Désormais, ce sont les facteurs nationaux qui mènent la danse, et ils n'ont aucune idée de ce qu'ils font.
Il fut un temps où la Nouvelle-Zélande faisait figure de pionnière avec son approche novatrice du ciblage de l'inflation au début des années 90, et il semblerait qu'elle s'apprête à nouveau à innover. Avec des rumeurs de hausse des taux d'intérêt dès la fin février, le pays du long nuage blanc pourrait bien annoncer la fin de l'uniformité des politiques monétaires telle que nous la connaissons.
Chemins divergents
Partout dans le monde, la situation est sensiblement la même, chaque banque centrale étant confrontée à des défis qui lui sont propres. Les États-Unis luttent contre une inflation persistante et un marché du travail étonnamment dynamique, ce qui amène les investisseurs à s'interroger sur la position de la Réserve fédérale quant à un éventuel assouplissement monétaire à court terme. Parallèlement, la zone euro, qui a frôlé la récession, observe un relâchement des pressions inflationnistes plus rapide que prévu, ce qui alimente les appels à des baisses de taux plus précoces.
Les Suisses misent sur une baisse des taux d'intérêt le mois prochain, tandis que le Royaume-Uni se trouve pris en étau entre une économie en berne et une inflation élevée. Le Fonds monétaire international (FMI) dresse un tableau tout aussi sombre, ses prévisions évoquant une économie mondiale aux perspectives contrastées : plus favorables pour les États-Unis, plus sombres pour la zone euro et carrément catastrophiques pour le Royaume-Uni .
Comme pour aggraver la situation, les stratèges de JPMorgan conseillent à leurs clients de diversifier leurs investissements en privilégiant les actions américaines et le dollar, compte tenu du fort écart de croissance entre les États-Unis et l'Europe. En Australie, la Banque de réserve australienne (RBA) et son homologue canadienne devraient maintenir une position plus restrictive que leurs homologues internationaux.
La situation se complique au Japon, une économie longtemps hantée par la déflation, qui s'apprête désormais à connaître sa première hausse des taux d'intérêt depuis 2007. Un an plus tard, les investisseurs parient sur une baisse des taux directeurs aux États-Unis et en Europe, mais sur une situation différente en Australie et au Japon.
Un réseau complexe
Les banques centrales marchent sur un fil, cherchant à concilier les risques d'une action trop précipitée et ceux d'une trop grande attente. La Banque centrale européenne (BCE) se montre particulièrement soucieuse d'éviter un revirement qui pourrait laisser croire qu'elle a une nouvelle fois sous-estimé l'inflation. La situation est d'autant plus délicate que les facteurs inflationnistes évoluent, les services et les salaires jouant désormais un rôle plus important que le secteur manufacturier.
En Nouvelle-Zélande, la hausse inattendue de l'inflation sous-jacente, malgré un ralentissement de la hausse des prix des actifs échangeables, a pris les décideurs politiques au dépourvu. Ce scénario illustre une tendance plus générale vers des politiques monétaires plus localisées et individualisées, s'éloignant ainsi de l'approche coordonnée observée ces dernières années.
Les récentes mises à jour du FMI laissent entrevoir une lueur d'espoir, prévoyant une légère hausse de la croissance mondiale pour 2024, notamment grâce à la baisse de l'inflation et aux progrès de l'intelligence artificielle (IA). Cependant, l'économiste en chef de l'agence, Pierre-Olivier Gourinchas, met en garde contre toute complaisance, évoquant les tensions géopolitiques persistantes et le risque de perturbations du commerce mondial.
Les prévisions des économistes en chef du Forum économique mondial reflètent ce sentiment, la majorité d'entre eux anticipant un affaiblissement ou une stagnation de la conjoncture économique mondiale au cours de l'année à venir. Malgré quelques évolutions positives, ces perspectives restent assombries par la persistance des tensions financières, les fractures géopolitiques et la menace grandissante d'une fragmentation géoéconomique.
Les prochaines décisions des banques centrales pourraient soit nous mener vers une croissance stable, soit nous plonger dans une crise économique. Face à de tels enjeux, le monde observe et attend, espérant la première option, mais se préparant à la seconde.

